" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: novembre 2012

Lundi Chou farci du 26 novembre : La rue Poète

Photo Claude Degoutte

La rue Poète

 Quand on a du temps, se déplacer en bus dans Paris, en dehors des heures de pointe, c'est génial! On s'offre une demi heure ou plus de rêveries dans des rues méconnues. Ca donne envie de réfléchir, de refaire sa vie, de résoudre ses problèmes, de déménager, de préparer sa réunion, d'organiser ses prochaines vacances, de téléphoner à sa mère, d'offrir un livre à son voyou de fils, de croire que sa fille est bien plus futée que nous, tout ça, en regardant passer la ville et défiler les devantures de magasins. Cet hiver, on ne mettra plus de pantalons mais de jupes et des bottes, on décorera son sapin de ruban en papier kraft, on osera une mèche rousse en pleine frange châtain, on changera les meubles de place, bref, on s'inspirera de ce que la rue nous a offert pendant notre secrète traversée de Paris.
Quand le 88, le 22, le 67, le 29, le 58 et d'autres, nous font sortir des sentiers battus aux enseignes universelles pour passer devant des commerces pleins d'imagination, on rêve comme des enfants trimballés en poussettes. Adieu les Zara, les H & M, les Mango, les Fnac, les Virgin, les Vuitton, les Longchamp, les Starbuck et autres dictatures ! On est au "Point du Jour", à "l'Encre Vive", plus loin à "l'Herbe Rouge", à "l'Arbre à lettres", aux "Chants du Monde" ou à "l'Oeil Ecoute" pour feuilleter d'un regard dans les  vitrines, des romans, des essais, des albums et des poèmes. On ne choisit plus ses chaussures dans quatre cents mètres carrés au sous-sol d'une galerie de Centre Commercial mais dans un petit écrin entre quatre murs, au "Pas de Géant" ou au "Soulier de Satin". Et quand on a fini ses courses, on s'arrête boire un chocolat chaud à "l'Excuse", au "Pas Sage" ou au "Verre Siffleur" si on a vraiment le gosier en pente. Au comptoir des "Ursulines", si on est vraiment plein de nostalgie, on rêve des soeurs en cornettes d'autrefois menant à la baguette des jeunes filles en uniforme bleu marine. 
Pour le coup de fatigue, et quand on sera riche, on jette un oeil aux chaises et aux fauteuils de chez "Etat de Siège". Si on le pouvait, on dévaliserait volontiers pour ranger le bazar de sa chambre "L'Ordre du Monde" plein de boîtes merveilleuses. Et quand je reviens le soir dans mes pénates, hiver comme été, à l'arrêt du bus, j'ai un petit bout de trottoir campagnard où un jeune fleuriste résiste courageusement à la crise... Sur l'auvent de sa boutique, on lit un dernier bon conseil "Effleure la Muse"...
Marie Bataille

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Lundi Chou farci du 19 novembre : Taxi

Photo Claude Degoutte

                                TAXI

Le taxi c'était une DS noire et blanche
qui filait vers le Nord.
C'était comme il y a longtemps,
quand mon père roulait sur la N treize
entre Martre et Roquefort
la visière de sa casquette US
face au Sud.
Le chauffeur avait mis une cassette
de chansons viets
et par les vitres  ouvertes
on avalait l'odeur d'essence et de fumée.
C'était un peu comme un jour de Juin
sur la route bétaillère d'Alger
quand on allait rejoindre Tipasa
au bord de l'eau.
Saigon s'arrêtait derrière un vieux pont
quand la DS quittait l'asphalte.
La ville s'amenuisait dans le rétro
jusqu'à disparaître.
On roulait dans le silence retrouvé de la campagne
en évitant les ornières pleines de pluie,
on fendait des nuages de terre rouge,
on passait devant la maison mandarine
au toit de jade éventré.
Je regardais les magasins serrés et légers
comme des maisons de cartes à jouer,
avec leurs tabourets d'enfant
sur lequel une marchande assise s'éventait.
Ca sentait la feuille de bananier
après la voie de chemin de fer.
C'était au bout de cette allée
décorée de robes à volants fluo
et de boîtes en plastique,
de carrioles et de petits métiers
juste après le bois de cocotiers,
que tu pointais ton nez de petite anamite,
Clara,
pour voir de quoi le jour était fait.

Marie Bataille


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Lundi Chou farci du 12 novembre : Les pages blanches

Photo Claude Degoutte


Les pages blanches

Ho, le poète, traverse un grand désert. Depuis de longues semaines, il ne peut plus écrire. Il se lève le matin, regarde par la fenêtre et voit les choses telles qu'elles sont. Simplement comme elles sont. 
              Les délices de l'automne, la chute des feuilles, les jours gris et humides, les matins brumeux et les soirées noires, lui pèsent, le harcèlent, l'inquiètent et ne lui disent plus rien qu'il ait envie d'écrire. Il a besoin de vivre. Il  faudrait qu'il essaie de prendre la vie à bras le corps. Il voudrait se lever le matin avec une épouse dans son lit et des enfants qui piaillent. Il voudrait prendre le métro et sentir la foule s'écraser contre lui, arriver dans un building de 20 étages et s'aplatir dans l'ascenseur comme un employé modèle. Mais il est seul chez lui, avec le minimum de choses utiles, avec des feuilles blanches et des rêveries qu'il doit dompter et transformer en mots. Il est seul le soir à attendre les coups de téléphone improbables de son éditeur.
               Alors ce matin, il est parti tôt pour traverser la ville, boire un thé brûlant, marcher sous la dorure des bois de ginkos, jusqu'à la nuit. Et quand il est rentré, il a allumé son poste de télé et ouvert une bouteille de bière. Il était convaincu qu'il n'y avait rien de grave à ne plus écrire. Il n'aurait plus besoin de courir après les honneurs et les récompenses, il deviendrait un autre homme. Un homme qui n'écrirait plus et apprendrait à vivre sans illusions.
              On sonna à la porte. Melle Lim se présenta. Elle s'installait dans l'appartement d'en face. Elle était secrétaire chez Tchang and Co. Elle avait une frange bien droite et bien lisse, une petite bouche rouge, un tailleur vert et beaucoup d'élégance. Quand Ho referma la porte et but une gorgée de bière, il comprit tout de suite qu'il était redevenu poète. Le parfum discret qu'avait laissé entrer Melle Lim dans la pièce, flottait comme une invisible fumée d'opium qui endormit tous ses doutes, toutes ses révoltes, et toutes ses angoisses. Ho était redevenu lui même. Un poète. Il alla s'assoir à la table et sortit du tiroir une petite ramée de feuilles blanches.
Marie Bataille

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Lundi Chou Farci du 5 novembre : Balade automnale

Photo Claude Degoutte

Balade automnale

    Les vacances de Toussaint battent le plein. Paris est devenu un grand parc d'attractions rempli de touristes qui mangent des gauffres, avalent des canettes en lisant des plans et des guides. Dans le bus une jeune provinciale demande à son fils : "Alors c'était bien?" "Délicieux" répond le gamin en s'essuyant la bouche. "Mais bichon, je te parlais du musée...." Ahhh! Moi je croyais du pain au chocolat!"... Après tout il a raison ce gosse. La culture ça va un peu... Une bonne viennoiserie vaut bien des heures d'attente pour visiter des salles combles avec des chefs d'oeuvre aussi inaccessibles que la doudoune soldée à 50% dans un grand magasin comble de haut en bas. Paris a perdu son âme. Paris fait du fric. Paris se déhanche comme une Kate Moss sur le podium des plus belles villes du monde... mais elle n'est pas la seule!
        Pendant ce temps, la vieille Samaritaine n'intéresse plus personne, rouille et se décrépit. Il est dix sept heures. Le ciel pâlit et devient mélancolique. Le vieux grand bâtiment superbe et déchu regarde la Seine et tous les petits humains qui se prennent en photo. Il attend qu'un jour quelqu'un ait une idée bien juteuse pour revenir peut-être à la vie. Devant ses devantures rouillées, sales et aveugle, j'attends le bus, au même endroit qu'autrefois. On s'imagine que devant cette bâtisse misérable et abandonnée jamais ne passera plus un bus... J'aimais tellement la Samar. Il me reste quelques trucs de ce magasin intemporel : quatre verres à  vin, une batterie de casseroles, deux taies d'oreiller, une couette, des outils et un pyjama en flanelle. La Samar c'était pour la vie.
           Odéon est noir de monde mais devant le Sénat et le long du Luxembourg qui vient de fermer ses grilles, la vie tranquille revient. Le lycée Montaigne lui aussi tient ses portes closes. La rue Vavin est vidée de sa jeunesse adolescente échevelée  pour laisser la place aux poussettes et au petits deux pattes qui reviennent de faire des pâtés de sable. Dix huit heures, la nuit s'annonce. La terrasse de la Villa Borghèse est sans personne. La jeunesse dorée du quartier est partie aux Maldives ou aux Seychelles. On passe devant la tour Montparnasse qui clignote comme un stand de foire et on file vers les extérieurs. Soudain dans mon coeur, il n'y a plus que l'automne. Son parfum et son humidité. Les trottoirs tristes tâchés des premières feuilles d'acacias qui annoncent définitivement la fin des beaux jours, des jours heureux chauds et lumineux. Ca sent le sapin et les histoires mensongères de l'hiver que seuls les enfants arrivent à croire.
Marie Bataille

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