" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: février 2013

Mon voisin préféré : polar - numérique et nordique - sur amazon.fr



Polar (à partir de 10 ans).
Solveig est une jeune lycéenne qui s'entend très bien avec son voisin, le commandant Martin Larsson, retraité de la marine suédoise.
Mais la vie tranquille de son voisin et ami Larsson va chavirer soudainement et entraîner Solveig dans une série d'enquêtes et de courses poursuites...  




Chapitre 1
Un voisin voyageur

Solveig habitait une petite bourgade de Suède où la plupart des gens se connaissait et où les maisons étaient construites en bois peint d'un rouge foncé, avec des fenêtres aux embrasures blanches. Il y avait une rue rectiligne où étaient alignés côte à côte les principaux commerces, la grande épicerie, la quincaillerie, le café restaurant, le mini super market puis tout au bout une succursale de la banque Sweden Olson and Barn. Les autres rues traçaient quelques courbes désordonnées pour desservir des maisons espacées, l'école et le collège qui n'étaient qu'un seul et même bâtiment, le commissariat à côté du poste de police et du bougmestre, et enfin la polyclinique qui devait faire face aux premières urgences.
Solveig habitait à l'extrémité Ouest de la ville, en bordure de la campagne, pas loin de la mer, une ancienne maison en bois rouge fraîchement repeinte. La maison de Martin Larsson, son plus proche voisin, se trouvait environ à cinquante mètres de la sienne. La maison de Larsson ressemblait à celle de Solveig, sauf que la peinture rouge était bien défraîchie et s'écaillait même par endroits. De sa chambre, le soir, Solveig Mortissen distinguait parfaitement la cuisine et le salon de son voisin, les deux pièces restant éclairées tard dans la nuit.
Solveig aimait bien Larsson, un capitaine de la marine marchande à la retraite, un type qui n'avait pas beaucoup d'amis. On se méfiait de lui. Il avait la langue trop bien pendue, la critique facile. Avec Solveig, il était très aimable. Il aimait discuter de tout, de ses soucis ou de ses tocades, de ses voyages, de son ancien métier, de son divorce, des enfants qu'il aurait aimés avoir et qu'il n'avait pas eus. Il pouvait discuter avec elle des heures au fond du jardin où il ne cessait jamais de réparer sa vieille barque, un peu comme la Pénélope d'Ulysse faisait et défaisait sa tapisserie.
Les jours de vent, on entendait battre la mer sur la côte qui n'était pas loin, derrière les cultures et les champs. La mer était restée la passion de Larsson. Mais ici sa barque ne le menait pas loin. La côte était rocailleuse et les courant violents. Alors depuis quelques années, dès qu'il le pouvait il partait dans une île grecque dont il était tombé éperdument amoureux. Là bas il était à son aise pour naviguer et pêcher dans des eaux bleues plus chaudes et plus tranquilles. Il y avait acheté une petite maison blanche.
  • Mes os ont besoin de soleil maintenant, Solveig, tu comprends. Et mon humeur aussi a besoin de soleil depuis que cette chipie de Lisbeth a divorcé pour aller vivre à Stokholm avec cet espèce de vendeur de meubles qui se prend pour Julio Iglésias. Et puis Mykonos a envie de revoir son pays... Pas vrai Mykonos que tu passerais pas toute ta vie ici, rien qu'avec des chats suédois?
Mykonos ronronna quelques instants en se frottant aux jambes de son maître. Larsson avait ramené le chat de son premier voyage en Grèce, il y a sept ans. Une petite boule au poil ras et mal en point qui était devenu un énorme matou au pelage blanc et blond.



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ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 4




Semaine 4

Je me suis réveillé sur un canapé de velours grenat, la tête à demi enfouie sous un coussin de soie vert pâle. J'ai entendu un rire clair etléger. J'ai vu accroupie devant moi Onaké Kikoni, le sourire aux lèvres et ses yeux étirés comme deux demi lunes, pleins d'émerveillement. Rien à voir avec Mameth. Le grand salon était devenu subitement silencieux et c'est le silence accompagné du parfum vanillé d'Onaké qui m'avait sans
doute sorti de ma torpeur. Je vis tout de suite le grand piano blanc.
- Bonjour mon prince, bonjour mon Petit Tigre. A-t-on bien dormi en écoutant jouer Onaké?
Je me suis étiré et j'ai ronronné de bonheur. Je ne sais pas si elle s'en rendait compte mais je lui souriais. Elle parlait une autre langue que celle de Mameth et rien n'était comparable. La pièce dans laquelle je me trouvais était lumineuse et d'une grande élégance. Les fauteuils, la table basse, la commode, l'armoire, les tapis, les coussins, les cadres, tout était exactement à sa place, en parfaite harmonie et semblait
n'avoir jamais servi. Près de la grande baie vitrée, le piano à queue blanc ivoire était ouvert et son tabouret rectangulaire avait été légèrement déplacé.
Le piano semblait neuf comme tout le reste. Onaké me prit par la peau du cou comme le faisait ma mère autrefois et me souleva. Elle attrapa une couverture mousseuse et légère sur le rebord d'un fauteuil, m'y enveloppa et m'emporta. Onaké était une jeune femme longue et fine, une tige de fleur qui se balance. En marchant elle glissait sur le sol comme une barque sur l'eau. On arriva dans une pièce méticuleusement propre et ordonnée qui sentait un très léger parfum citronné de nettoyage. Elle me déposa par terre, sur le carrelage tiède, près d'une coupelle d'eau fraîche.
- Petit Tigre doit se désaltérer maintenant pour devenir un beau chat costaud.
Je bus comme elle me le disait. J'aurais donné mes moustaches pour lui faire plaisir. Et puis, au bout d'un couloir feutré, une voix appela Onaké. Onaké répondit calmement.
- Je suis ici avec le chaton.
- Ah !... Je n'entendais plus le piano... J'ai eu Paris au téléphone. Pleyel voudrait un jour de plus. J'ai dit qu'à cause de New-York ça n'était pas l'idéal, mais je n'ai pas refusé. C'est Paris, quand même. Ils t'aiment tellement là bas !... Il faut qu'on réfléchisse. Voir si on peut s'arranger avec l'avion, l'hôtel et les répétitions... Qu'en penses tu ?
Colonel nous avait rejoint. Colonel c'était la mère d'Onaké. Elle était vêtue de gris de la tête aux pieds et portait de grosses lunettes .
- Oui, parfait... Tu lui as fait peur, Colonel... Regarde, il ne boit plus et il a les yeux fixés sur toi !
Colonel ne répondit rien. Ses yeux bridés se fendirent davantage derrière ses grosses lunettes d'écaille ne dessinant presque plus qu'un trait noir sous les sourcils. Onaké me reprit et me remit dans la couverture. On quitta la pièce et je reconnus la cuisine. Mais comparé à ma première cuisine normande, cette cuisine là, comme le salon, semblait ne pas servir à grand-chose. Aucun désordre, aucune boîte, aucune tasse, aucune assiette à lécher, aucun plat qui traînaient, aucune poubelle débordante, rien. Des surfaces lisses, vides, carrelées de blanc et de gris. On repartit au salon et Onaké me dit d'un air triste.
- Je voudrais tellement rester ici avec toi, Petit Tigre. Je ne suis bien qu'ici, chez moi, à Tokyo... ou dans une salle de concert, quand je joue. Mais tout le reste est surhumain. Tous les voyages, les hôtels, les contrats, les rencontres sans lendemain, toutes les tergiversations et les politesses du Colonel, tout ça me tue à petit feu... Je mourais
sans doute avant toi, Petit Tigre.
- Non lui dis-je en ronronnant, non.
Je le lui dis, même si je savais qu'elle ne comprenait pas la langue du ronronnement chat. Mais bizarement elle me caressa de ses doigts précis et ajouta tristement:
- J'appartiens à la musique, Petit tigre, c'est ça le problème. Il n'y a presque pas de place pour autre chose. C'est ma vie et je la sens s'amenuiser de jour en jour. Avant, j'adorais ça, ne vivre que pour la musique. Très tôt j'ai su que j'étais douée et c'était
un bonheur. Un grand bonheur, tu sais, d'être l'élue. Mon père me soutenait et m'encourageait. Avec lui ma vie de concertiste était remplie de joies. J'ai commencé à être célèbre jeune et au début, tous ces voyages, toutes ces ovations, furent un grand amusement. Mon père était beaucoup plus âgé que ma mère. Je l'ai toujours connu un peu courbé et avec des cheveux grisonnants. Il se retrouva à la retraite presqu' au même moment où débuta ma carrière internationale. Il devint mon imprésario. Les tournées avec lui étaient un enchantement. Il me stimulait sans jamais m'écraser. Il savait jusqu'où je pouvais aller et n'abusait jamais de ma notoriété. Quand il est mort subitement, il y a trois ans, c'est ma mère qui l'a remplacé. Avec elle, Petit Prince,
c'est autre chose. Pour le colonel, je suis avant tout une grande pianiste. Rien d'autre. Pas sa fille, pas une jeune-femme, pas Onaké. Quand je ne suis pas sur scène, je n'existe plus.
J'ai ouvert mes yeux verts tachetés d'or, très grands. Elle plissa les siens et ils devinrent mélancoliques.
- Crois tu que quelque chose d'autre que la musique m'attend dans la vie ? Crois
tu que je saurai le voir ? Tu sais Petit Tigre, depuis que mon père a disparu, je vois peu les choses de la vie. Je vis dans une bulle que le Colonel m'empêche de crever....
Onaké laissa fuser un petit rire aigu et continua :
- Le surnom de Colonel lui a été donné par le directeur d'un théâtre d'Hambourg, quand elle succéda à mon père. Et ce terrible surnom ne l'a plus quitté... On est tous d'accord, il lui va très bien!
- Mais moi je te sauverai. dis-je en miaulant.
Elle sourit en me déposant sur le canapé grenat, contre le coussin de soie. Elle retourna au piano. Onaké suspendit un instant ses mains au dessus du clavier puis les abattit sur les touches blanches et noires comme un aigle se jette sur sa proie. Dans toute la pièce, un vent d'ébourrifantes harmonies et de gammes subtiles se mit à balayer l'espace, les meubles et les murs, un souffle de sons extravagants, cinglants comme des coups de fouets, suivis pour finir d'une brise saupoudrée de clochettes, de ruissellements et de sources profondes inconnues. Un frisson de plaisir et de soumission enveloppa toute ma fourrure. Onaké Kikoni était une immense virtuose et merveille des merveilles elle était le commencement de ma seconde vie. Elle était ma divine maîtresse.




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ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 3



Quand on sonna à la porte, Mamette m'envoya de nouveau au fond du carton. Guillaume Levantre arriva sur le coup de vingt deux heures avec une jeune-fille qui ne parlait pas très bien. Elle était russe. De St Pétersbourg. Ils furent accueillis plutôt sèchement:
- Vous avez vu l'heure qu'il est! Batisti ne voudra plus nous servir. Sa pizzeria ferme à onze heures.
- D'abord,bon anniversaire ma petite maman chérie... Bisous. Guillaume Levantre, dit Gui-Gui, se pencha vers la joue ronde de sa mère.
Je te présente Tatiana qui fait un master en économie politique... Tu penses bien
qu'on ne va pas fêter ton anniv' en bouffant une pizza! Je me suis dit, vu l'heure, qu'un petit repas maison serait bienvenu. Tatiana est passée chez Lenôtre et elle a pris quelques gâteries. Tout ce que tu aimes. Homard, foie gras, patisserie, champagne. Et puis caviar! Le caviar c'est un cadeau de son père. Il est dans le bussiness du caviar... Entre autre bussiness... Ca déclencha chez Gui-Gui un éclat de rire.
- C'est très gentil, Tatiana, mais il ne fallait pas. Vous ne me connaissez pas et vous me gâtez comme votre propre mère.
- Maman, ça, c'est Tatiana! Elle gâte tout le monde. Elle est très généreuse.
Guillaume la prit par les épaules et la serra tendrement contre lui.
- Bon, asseyez vous toutes les deux sur le canapé, je déballe les sacs et j'installe la table.
- Justement, viens voir le cadeau de ta soeur sur le canapé... Je crois vraiment qu'elle déraille avec tous ces voyages aux quatre coins du monde... Elle est en Inde.
Gui-Gui regarda mon carton renversé sur le canapé. d'un air curieux et amusé. Sa soeur était effectivement capable de tout et n'importe quoi. Un chapeau? Une couverture chauffante? Une encyclopédie en dix volumes? Un sex toy géant? Oh non!... Merde! Un châton! Il était superbe. Blanc et noir, la truffe et les yeux rieurs. Un amour. Gui- Gui me sortit du carton et me montra à Tatiana. Gui-Gui était un gars grand, bien bâti et brun, avec les mêmes yeux noirs et vifs que sa mère. Tatiana était une espèce de liane élégante, blonde, bottée de cuir et parfumée.
- Il est adorable, maman! C'est un super minou!
- Guillaume, s'il te plait, aterris tout de suite mon petit. Repose le dans son carton. Ta soeur me l'a envoyé par coursier. Tu réalises le choc? Remarque si tu le veux, ne te gêne pas... Il me semble que j'ai toujours été claire à ce sujet: Toi et ta soeur, vous savez que je ne veux pas d'animaux en appartement... Oui ou non?... C'est pas un signe de méchanceté, ça ?... Ou un signe de mépris, peut-être?.. Le jour de mes cinquante ans.
- C'est cinquante ou cinquante-deux? Demanda Gui-Gui en faisant un clin d'oeil à Tatiana.
- Cinquante
- deux, se reprit Mameth... Mais ce chat...c'est tout l'effet que ça te fait ? Tu ne me dis pas : quelle vache, cette Chloé, t'offrir juste le truc que tu ne veux surtout pas?... Non?... Tu trouves ça normal?...
- Tu te souviens du hamster Ernest, maman? C'était à l'époque ou papa voyageait tout le temps. Elle croyait que tu allais nous quitter toi aussi et nous planter. Alors elle m'a obligé de t'offrir ce hamster. Elle pensait que lui, tu ne l'abandonnerais pas. C'est elle qui l'avait acheté à une copine du collège. Moi j'étais le messager, Tu te souviens?
- Evidemment que je me souviens... Ah bon? Elle me croyait capable de vous planter là tous les deux comme deux merdouilles. Et je serais restée pour un hamster? Non mais franchement, ta soeur a toujours été dérangée!... Tu avais ce sentiment, toi aussi? Que vous comptiez si peu pour moi et qu'un hamster...
- Pas du tout, mais moi je n'étais pas d'une nature inquiète comme elle. Tu sais, Chloé te porte au pinacle malgré les apparences. Un jour, elle s'est paniquée à l'idée de te perdre! Je me souviens c'était à l'anniversaire de Pierre-Henri Michu !... On est rentré illico sans gouter le super gâteau au chocolat ni boire une coupe de Champoumi ! Je l'aurai pilée....
- Ah! Quand même, elle t'énerve aussi de temps en temps!
- Trrès joli petit chat!
Tatiana s'était approchée et me caressait le museau. Cette conversation commençait à la gaver. Ca faisait bien cinq minutes que personne ne l'avait regardée et ne s'était occupée d'elle.
- Bon. Passons à autre chose, coupa Guillaume. Je vais préparer la table. Ecoute maman, si vraiment ça te gonfle, tu le donnes ce chaton. Si tu veux je l'inscris illico sur le site internet Toutoutdesuite. En vingt quatre heures il est parti!
- Peut-être... On va en reparler... En fait, ce soir j'aurais volontiers mangé des huitres.
- Mamette, vous aimez huitres et en voulez? Ouiii?
Tatiana sorti de son sac un téléphone. Elle déroula quelques adresses et cliqua :
- Bonsoir monsieur! Possible avoir plateau trois douzaine huitres. Oui. Ah... addresse... moment s'il vous plait.
Mamette sidérée se ressaisit et articula :
- 2 bis rue des Remparts dans le 7ème. Quatrième étage droite. Code BD 90.
Tatiana répéta l'adresse en souriant. Elle souriait tout le temps. L'existence,
apparemment, l'avait largement comblée. Personne n'aurait compris qu'elle soit renfrognée.
- Voilà. On a huitres dans quinze minutes.
Mamette resta sur le cul puis elle alla voir Guillaume près de la table. Elle vérifia d'un regard furtif que Tatiana était occupée à jouer avec le chat et murmura à son fils.
- Tu nous l'as dégotté où cette belle slave?
- ChezJean-Denis Foucault. Le soir de la finale du Tournoi Open France Australie. Il avait organisé une petite fiesta dans l'appart de ses parents qui étaient partis aux Seychelles. Elle était là. Tu sais que je parle russe. Pas très bien mais je tiens une conversation basique. Ca m'a bien aidé.
Il étouffa un petit éclat de rire enfantin.
- Parfait. Au fond, tu es comme ta soeur. Plein d'imprévus. Mais je dois avouer que tes surprises sont davantage dans mon style. Ta soeur et ton père ce sont des moines zen... Et des enquiquineurs.
- Tu n'exagère pas un peu?
Guillaume ne voulait jamais donner tort à son père ou à sa soeur. Il savait que c'était le péché mignon de Mameth mais il ne cédait jamais. Il coupa court en annonçant.
- Mesdames, champagne!
Le bouchon péta et il remplit les trois coupes.

C'est là qu'il se passa pour moi un truc incompréhensible. J'ai cru que je mourai. Quelque chose comme un ange, un être inconnu fait de brume, de mousseline, de soie et de coton me souleva du carton et m'emporta dehors dans la nuit. On quitta la terre et on se mit à planer au dessus de la ville éclairée. Je me suis dit que je n'avais pas été gâté par l'existence. Arraché tout petit à ma mère et mort au fond d'un carton plein de paille comme un mendiant :
- Bienvenue mon petit au royaume des chats. Tu viens d'atteindre ta huitième semaine et tu es maintenant membre de notre confrérie. Tu auras plusieurs vies, petit. Deux c'est le minimum, Trois c'est pas mal, cinq c'est très très honorable. Au delà c'est de l'exceptionnel. N'arrivent à neuf vies que quelques chats de très haute lignée. Les super-chats si tu préfères. Une élite en quelque sorte. Dans quelques temps tu sauras combien il te sera confié de vies. 

Moi je suis ton mentor. Je m'appelle Ronrono Chapati. J'ai eu huit vies et j'ai refusé la neuvième. Je viens de Calcutta en Inde.
Et en effet, je n'étais plus porté par la silhouette mousseuse qui m'avait aspiré du carton mais par un chat de grande envergure presque aussi grand qu'un ocelot. Il tourna sa tête impressionante vers moi tout en continuant d'avancer. Il me souriait de façon affectueuse.
- Bienvenue mon ami dans notre confrérie, je suis vraiment heureux d'être ton passeur de vie. Je crois que nous ferons une bonne paire tous les deux, je le sens. Et je sens aussi que je te ferai passer plusieurs vies, petit, au moins cinq ou six. Je me trompe rarement.
Nous avancions dans le ciel étoilé et on aurait dit que Ronrono Chapati marchait avec précaution sur un fil invisible.
- Dors,petit, maintenant. Ta deuxième vie ne va pas tarder. On arrive. Et c'est mieux d'arriver quand on dort. Tu verras Onakè Kikoni est un être exceptionnel. Tu as beaucoup de chance qu'elle soit ta seconde vie.
 

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ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 2


- Allo! Allo ! Chloé??... Tu parles, c'est sa messagerie... Chloé rappelle moi s'il te plaît. Ca urge! C'est au sujet de ton cadeau d'anniversaire surprise. Si tu as décidé de te fâcher définitivement avec moi tu as fait exactement ce qu'il fallait faire... Si tu ne me rappelles pas d'ici une heure, tu n'es plus ma fille et moi ta mère.

Mme Levantre s'est effondrée dans le canapé en cuir noir en regardant fixement le mur d'en face et puis elle s'est mise à parler au mur.
- C'est incroyable ce que cette petite m'aura causé comme souci. Je croyais que maintenant elle était calmée. La réussite ça calme, non?... Eh ben non. Pas elle. Elle continue de m'emmerder... Un chat !!... C'est une récidive !... Il y a une quinzaine d'année elle avait réussi à entourloupiner son frère en le faisant arriver avec un hamster le jour de mon anniversaire... J'ai ramé quatre année avec cet Ernest. D'accord, c'était un hamster hors du commun... Un petit génie de hamster... Alors forcément, je m'étais mise à l'aimer. A sa mort après m'avoir vu pleurer pendant deux jours de suite, Chloé m'avait promis de ne plus jamais ramener un animal ici... 
Elle a eu besoin de recommencer la même ânerie... Elle aurait pu m'offrir un pull en cachemire, un sac Hermes, un I pad, un voyage en Egypte... Un truc de fille à mère, un truc de femmes, de nana... Non, elle a encore voulu me coller un fil à la patte...Un autre enfantillage! Et je te parie qu'en écoutant le message que j'ai laissé sur son téléphone, elle est en train de dire à tout le monde : "Ecoutez un peu comment ma mère me parle ! Cette femme est une marâtre, une femme sans coeur!"... 
C'est ce genre de truc qu'elle doit dire à tous ces traders de mes deux qui bossent avec elle... Eh ben mon pauvre animal si tu savais où tu as mis les moustaches,  tu te tirerais vite fait de ton carton!... En tous cas la porte est grande ouverte, n'hésite pas!

Mameth Levantre se pencha au dessus du carton et me regarda fixement en disant :
- En plus j'ai toujours préféré les chiens. Les chats se sont des emmerdeurs et des emmerdements j'en ai assez comme ça.... Remarque tu es joli et tu as l'air... Elle n'a pas fini sa phrase, un truc vibra sur la banquette.
 Mameth Levantre regarda droit devant elle et se redressa. Elle parla dans le truc en durcissant le ton:
- Ah! Enfin!... Oui, bonsoir! Merci... Pardon?... L'Entreprise ID Cadeau on Line!  Si mon cadeau a bien été livré et si je suis satisfaite? Ah oui, monsieur, absolument, mon cadeau a bien été livré et s'ébat dans son carton... Un instant j'ai cru que vous alliez m'annoncer qu'il s'agissait d'une erreur ou d'un gag et vous m'auriez soulagée. Ca devrait être interdit ce genre d'entreprise... Vous êtes un irresponsable, monsieur, je vais prévenir la SPA... Ahhh! Allo!... Il a raccroché, le con!... Je respire profondément et je me calme sinon je vais finir aux urgences... Ah c'est sympa comme anniversaire, cette année. C'est sympa!

Le truc vrombit de nouveau. Mameth ne se précipita pas et dit d'une voix grave et sèche:
- J'écoute...
Puis sa voix se radoucit et monta d'un ton, bien que teintée de mauvaise humeur.
- Comment ça, tu vas arriver plus tard que prévu? Tu sais quand même que c'est mon anniversaire ce soir, Guillaume?... Il me tarde que tu arrives parce que ta soeur a été ignoble! Elle vient de me jouer un tour de cochon bien gratiné !... Enfin tu jugeras par toi même.... Ok, je ne prépare rien, on ira au resto. Tu me l'offres. Entendu. Ca au moins c'est un cadeau sympa. A tout à l'heure mon Gui-Gui.

Ca commence mal pour toi, le chat. Tu vas rester tout seul ce soir dans ton carton pisseux. De toute façon il est hors de question que tu prennes racine ici. Je vais te refiler à la SPA vite fait bien fait. Ils te prendront, c'est un cas de légitime défense!..
Je ne sais pas pourquoi j'ai miaulé bêtement. D'angoisse sans doute. Mamette s'est penchée pour la seconde fois sur moi au dessus du carton:
- Tu es beau quand même. C'est dommage que tu sois tombé sur moi car tu es bien beau.
Elle posa sa main aux trois bagues sur ma tête et bizarrement sa main que je croyais rugueuse et méchante était d'une grande douceur, très satinée. Je n'ai pas pu m'empêcher de ronronner.
- Ah non! s'écria Mameth. Pas ça, le chat! On ne cherche pas à m'émouvoir. On ne me refait pas le coup du Ernest. Parce que celui là il aurait été capable de me faire décrocher la lune!..

Le téléphone sonna de nouveau. Mamette appuya sur le truc.
- ...Enfin, tu rappelles !... Oui merci bien !... C'est ça, fous toi de moi, Chloé!... Je peux savoir ce qui t'a pris de m'offrir un chat? C'est incroyable qu'à ton âge tu cherches encore à me mettre en colère. C'est pour pouvoir dire ensuite à tout le monde que je suis une hystérique ?... Comment ça tu m'entends mal et tu ne peux pas parler longtemps?... Qu'est ce que je disais ?... Tu cherches toujours à me pousser à bout.  Tu as toujours refusé de m'entendre... En Inde ?... Tu es en Inde?.. A Calcutta pour dix jours.... Et c'est là bas que tu as eu cette idée géniale? C'est le décalage horaire qui t'as tapé sur le système nerveux ou quoi ?.. Oui, je me calme et je t'écoute.

Deux bonnes minutes s'écoulèrent. Tout était silencieux. J'ai cru que Mameth Levantre avait avalé sa langue. Mais non. Sa voix surgit soudain stridente comme le sifflement d'un serpent à sonnette.
- Que ma vie n'est que solitude?... Qu'il faut que j'arrête de vivre repliée sur moi même... Mais tu délires ma pauvre petite. Tu as fumé un joint ou quoi dans ton Calcutta de malheur. Je me porte très bien sans ton père, figure toi. Je me porte même mieux qu'avant. Parce que lui et toi vous êtes de la même trempe: des emmerdeurs! Alors plus vous êtes loin, mieux on se porte!
Et Mamette raccrocha en jetant le truc sur le canapé. Elle s'écroula dans le fauteuil d'à coté.
- Ma fille me tuera. Le père n'a pas réussi mais la fille est plus forte que le père! Me faire ça le jour de mes cinquante deux ans. L'année ou son père m'a larguée et a tout largué, d'ailleurs, pour se retirer dans un couvent de franciscains, en Espagne... Maintenant que je me sens ridée comme un pruneau, que j'ai pris deux kilos depuis l'an dernier... Vraiment, c'est une belle vache, elle a une pierre à la place du coeur. Tu vois Lucien, on dit qu'un enfant c'est la plus belle chose au monde. Possible... quand ils avancent vers vous en titubant sur leurs petites jambes potelés en vous tendant les bras. Oui, dans ces moments là, sans doute.... Mais plus tard, parfois, tu voudrais n'en avoir jamais pondu.

Mameth s'était emparée de moi et me tenait fermement contre sa poitrine tiède. Elle me caressait machinalement. Je crois qu'elle pleurait maintenant. D'abord j'ai cru que c'était le mur qui s'appelait Lucien, mais j'ai compris que c'était moi.
- Je trouve que ça te va bien Lucien. C'est un joli prénom. C'est Gainbourg qui se prénommait Lucien. J'avais aussi un voisin à Tarrouges qui s'appelait Lucien. On s'aimait bien tous les deux, on s'aimait même plus que bien... Je te parle d'il y a belle lurette. J'étais une gamine en robe à volants. La dernière des six enfants du Commandant Fuen. C'était pas très bien vu, tout ça!...

Mamette alluma la télé. C'était l'heure des infos. En attendant Gui-Gui, elle me garda serré contre ses deux seins ronds et volumineux. Soudain, alors qu'elle était redevenue calme, son torse se gonfla et elle s'exclama :
- Mon dieu, mon pauvre Lucien, que le monde devient abruti! Ecoute moi un peu l'analyse de cette bande de faux culs. Ils parlent pour ne rien dire en s'imaginant nous bourrer le mou et avoir inventé la poudre....

Pour me mettre bien avec elle et lui dire qu'elle avait certainement raison, je lui ai léchouillé plusieurs fois sa main aux trois bagues. Elle ne résista pas et ne retira pas sa main. Même si elle ne le savait pas encore, j'ai senti qu'elle commençait à m'aimer.



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ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 1


Je m'appelle Lucien Le Chat. Plus simplement Lulu. Je ne suis pas le premier chat à raconter mes histoires. C'est connu, tous les chats aiment se faire mousser, penser qu'ils sont plus beaux et plus intelligents que le reste de la marmaille animale domestique... Et c'est vrai, ils le sont. Il faut bien le reconnaître... Un chat peut avoir neuf vies. Qui d'autre à neuf vies?... Personne! 

          Je suis né, en Normandie, au mois d'Octobre et ne suis pas resté longtemps près de ma mère, avec mes frères et soeurs. J'avais à peine six ou sept semaines quand une main assez désagréable m'a soulevé et enlevé du ventre chaud de ma maman contre lequel je dormais. Pourquoi moi, je n'en sais rien. Je n'en saurai jamais rien. Dans ces cas là , Mameth Levantre dit que c'est le destin. J'ai très tôt remarqué ça : quand Mameth Levantre ne peut pas expliquer quelque chose, elle dit que c'est le destin. J'ai vite appris à la comprendre, Mameth, dans son appartement de la rue des Remparts.
         Je me suis retrouvé chez elle, peu de temps après que la main sèche et rapeuse m'ait enlevé des tétines savoureuses de ma maman. J'ai rapidement été déposé dans un carton noir très chic rempli de paille blanche qui grattait partout. Et ce carton fut livré le soir même chez Mameth Levantre. Le carton avait été refermé avec un superbe ruban rose scintillant d'étoiles. Quand la main sonna à la porte de Mameth Levantre je me souviens très bien de ce qui s'est passé :
- Mme Levantre n'est ce pas?
- Oui.
- Hélène Bonneville de l'Entreprise ID Cadeau on Line. J'ai été contactée par votre fille pour vous livrer ceci.
Et la main lui colla le carton dans les bras. Devant l'hésitation de Mameth, la main dit :
- C'est bien votre anniversaire aujourd'hui, Mme Levantre?
- Absolument, cinquante deux ans depuis une heure, pour tout vous dire.
- Eh bien voilà un bien joli cadeau de la part de Chloé Levantre, votre fille. Je vous souhaite de sa part un bon anniversaire, Mme Levantre et je peux vous dire que c'est là un fort beau cadeau, très... attachant, disons. Au revoir Madame et bonne soirée.
C'est comme ça que j'ai atterri chez Mameth.
La suite n'a pas été qu'une partie de plaisir. Quand Mameth à ouvert le carton, j'ai cru qu'elle allait s'évanouir parce qu'elle a ouvert la bouche très grand comme si elle manquait d'air. Ensuite elle s'est mise à hurler et j'étais mort de peur dans un coin du carton. Cette femme hurlait en tournant dans tous les sens comme si elle était poursuivie par un fantôme :
- Non!! Mais je rêve!! Un chat ! Me faire ça à moi le jour de mon anniversaire! A moi qui ait clamé sur tous les toits que je ne voulais pas  d'animaux dans un appartement... Et de toute façon, c'est connu, je préfère les chiens.  Elle est d'une méchanceté... d'une méchanceté incroyable... Ma fille me déteste et me traite plus bas que terre.  Que cherche t-elle à me faire payer?... Ses vacances en colonie, les leçons de piano, les cours de danses, les crêpes que je faisais à son frère le matin et pas à elle, je sais pas moi, elle me fait payer un truc qu'elle n'a pas digéré?... En tous cas, elle a vraiment trouvé le moyen de gâcher mon anniversaire!... Où est ce foutu téléphone? Ou est-il, nom d'un chien!?... Tu vas voir, je ne vais pas la râter!

Je me suis dit que je n'allais sans doute pas vivre longtemps. Que cette femme  devait manger du ragout de chat en sauce et que vraiment je n'avais pas eu de chance. Elle allait m'assassiner dans l'heure qui suit. J'ai pensé à mes frères et à mes soeurs, à ma mère si chaude et si douce et j'ai fermé les yeux en attendant la suite. Je me suis ratatiné dans mon carton, le poil tout hérissé de peur, avec une folle envie de vomir. Je n'ai pas vomi mais incapable de me retenir, j'ai pissé dans la belle paille blanche. **********

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