" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 24

ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 24


Semaine 24

Ronrono m'avait prévenu. Ce qui m'attendait dans ce quartier résidentiel aux apparences tranquilles n'aurait rien de très agréable. Pour commencer je n'avais nulle part où rester serein et tranquille, à part cette cave sombre où je vis l'enfant pour la première fois. Je sortais et faisais les poubelles assez généreuses de la rue et des alentours.
Quand j'avais envie de voir la lumière, je m'installais sur un muret de maison, près du trottoir, de préférence à l'abri des regards, sous un arbuste. Ronrono m'avait fait comprendre que je ne devais pas me faire remarquer. Assez vite, j'eus mal au ventre et des nausées et les puces m'attaquèrent durement. Je perdis le lustrage de mon poil et devint un chat mal coiffé et un peu sauvage. Parfois j'étais agressé par un chien ou un autre chat qui ne me supportait pas sur leur territoire. Je n'avais jamais le dessus et préférais fuir de nouveau dans la cave. J'étais devenu extrêmement prudent, je marchais souvent sous les voitures en stationnement pour passer inaperçu, j'étais devenu l'ombre de moi-même tellement parfois j'avais la trouille, faim et soif.
Mon seul refuge c'était cette cave. J'y dormais, toujours un oeil entrouvert. Le bruit
des pas et des voix au dessus m'inquiétait. La porte de la cave en haut du petit escalier ne s'était plus ouverte depuis la dernière fois où j'avais vu l'enfant et où on s'était effrayé l'un l'autre. L'enfant avait fini par s'endormir sur le lit en fer, recroquevillé comme un escargot dans sa coquille et j'étais resté tapi un peu plus loin toute la nuit jusqu'à ce que la porte s'ouvre à nouveau et qu'une voix de femme glaciale comme un courant d'air polaire, s'exclame :
- Allez, réveille toi et monte. C'est l'heure de l'école.
L'enfant avait bondi et monté les marches sans précipitation. Une fois la porte
refermée, la femme avait crié et le bruit de ses talons s'était précipité avec une grande nervosité.

La porte de la cave resta fermée plusieurs jours, peut-être des semaines. Je n'avais plus la notion du temps. Et puis, un soir que je somnolais sur le lit en fer, la porte s'ouvrit laissant passer un grand flot de lumière électrique.
La voix de la femme était exaspérée, aigüe, toujours glaciale. Elle poussa l'enfant dans l'escalier en s'égosillant :
- Tu n'es qu'une tête de mûle stupide, un mauvais esprit. Jean- Luc a eu raison ! Une bonne raclée va te faire réfléchir. La cave aussi va te faire réfléchir. Descends, espèce d'emmerdeur !
L'enfant arriva. J'eus juste le temps de sauter par terre et de me cacher entre le mur et le lit. Il saignait du nez et sanglotait. Il s'assit en se pressant le nez sans doute pour
que le sang cesse de couler. Il avait les jambes ballantes, le regard vide qui fixait le soupirail devenu un rectangle noir. Il devait avoir six ou sept ans. Beaucoup d'enfants à cet âge là parlent encore chat, mais lui non. Je ne pouvais pas le rassurer, me présenter, lui dire qu'il n'ait pas peur de moi. J'attendais sans bouger.
Soudain l'enfant se mit à grelotter de tous ses membres. Il s'allongea. Mais il se releva
aussitôt et s'assit en tailleur. Il remarqua qu'il ne saignait plus. Il sembla rassuré. Puis soudain on aurait dit qu'il se souvenait de quelque chose. Il gigota et se pencha un peu de tous côtés pour aller voir sous le lit. Nos yeux se rencontrèrent. L'enfant dans un souffle court apeuré demanda :
- Le chat?
Comme il ne parlait pas chat, je me mis à ronronner assez fort.
- Tu es content le chat ? Murmura t-il.
Sans bouger, je continuais de ronronner, plus doucement. Sans que je m'y attende il se remit à pleurer. J'entendais les larmes qui sortaient de ses yeux et coulaient sur ses joues. Il articula dans un sanglot :
- Je ne suis pas méchant, le chat. Je ne suis pas méchant.
J'aurais voulu pouvoir lui dire que je le savais. Que je savais que les méchants
marchaient là-haut, au dessus de nous. Mais je ne pouvais rien faire d'autre que ronronner et rouler des yeux tendres. L'enfant s'assit sur le bord et passa de nouveau la tête sous le lit pour me voir. Je lui fis mon plus beau sourire et à mon grand étonnement ça marcha :
- Je ne suis pas méchant tu sais le chat. Viens !
L'enfant tendit le bras et vint me caresser entre les oreilles.
- On est ami le chat?... Je ne suis pas méchant.
Je ronronnais comme le moteur d' un réfrigérateur. Je me dis que c'était le moment de me rapprocher. Je vins m'allonger comme un sphinx contre sa cuisse droite. Il m'attrapa alors maladroitement et me posa sur ses genoux en continuant de me caresser. On resta comme ça très longtemps.
Jusqu'à ce qu'il couche son buste sur le coté et étire ses jambes pour dormir. Il m'avait gardé contre lui. Il allait fermer les yeux quand soudain il marmonna :
- Le chat, le chat, faudra partir demain avant que la porte s'ouvre.


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