" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 30

ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 30



Semaine 30 

J'étais allé et venu dans mes vies parallèles mais Guillaume ne s'était rendu compte de rien. D'ailleurs personne ne se rendait jamais compte de rien. Guillaume restait peu dans l'appartement de sa mère, sauf le matin où il trainassait en prenant son petit déjeuner. Il me caressait machinalement en buvant son café et en pianotant sur le clavier de son ordinateur. Mameth finit par rentrer, un soir vers dix huit heures.
J'étais seul et je fus content de la revoir. Elle me caressa comme elle seule savait le faire de façon à la fois douce et énergique, de sa main au toucher indéfini, autant masculin que féminin.
- Oh mon Lucien, tu m'as manqué! Tu m'as manqué... Je t'aurais bien amené mais le voyage jusqu'à Mallorca est si long. Le retour surtout, avec l'autoroute pleine comme un oeuf, alors que tu t'es déjà farci sept cent cinquante kilomètres... Je suis claquée. Evidemment Guillaume n'est pas là pour faire un bon thé chaud à sa Mameth... Tu parles ! Se souvient-il seulement que c'est aujourd'hui que je rentre ?...
Mamethse prépara un thé et s'installa à la table de la cuisine devant une tasse fumante. Elle sortit de son sac une chemise cartonnée rose délavée où s'entassaient plusieurs centaines de feuillets.
- Mon oeuvre, Lucien. Il est temps de la sortir du tiroir et de trouver un éditeur. A part ça, que des mauvaises nouvelles. La Luppa va finir commeun petit vieux gâteux, la cervelle mollasse comme de la compote, et le mariage de Chloé qui plane au dessus de nos têtes comme un orage et qui me terrifie. J'avais bien juré que je ne retournerai jamais en Grèce... J'y ai laissé quelque chose d'obscur, de pas net, une malédiction, un
truc comme ça... Tu comprends, toi, ce que je veux dire ?
Je ronronnais. Heureux de retrouver les discours décousus de Mameth, son sens particulier de la réalité, sa totale liberté de penser. On entendit soudain une clé s'introduire dans la serrure et Guillaume de La Luppa entra le sourire aux lèvres.
- Ah, fiston, j'ai cru que tu ne te rappelais plus que je revenais aujourd'hui ! Comment vas tu ?
- Très bien. Alzheimer c'est pas moi, c'est papa ! Bien sûr que je me souvenais. Alors... t'es au courant pour papa ?
- Ben oui. Il m'a appelée. Ca m'a fichu un coup. Je suppose que c'est pour ça qu'il est parti s'installer dans son couvent espagnol il y a deux ans. Il devait déjà savoir ou pressentir quelque chose. Il ne me voulait surtout pas comme garde-malade...
- Et il a bien raison! Coupa Guillaume en rigolant. Hein, il a bien raison ?
- Il a raison. Mais le truc qui me scie toujours c'est le mariage de ta soeur.
Guillaume aperçut le dossier rose.
- Qu'est ce c'est ? Un acte de vente ? Un manuscrit découvert à Mallorca ?
- Exactement! Un roman que j'ai écrit il y a une trentaine d'années.
- Je le lis si tu veux et je te donne mon avis ? Si c'est pas trop ringard je te donnerai le numéro de téléphone d'une copine qui est directrice de collection aux éditions Arthus.
- Je n'avais pas prévu les choses comme ça mais pourquoi pas. Après tout... Que tu le lises maintenant ou quand il sera en vente sur la table d'un libraire c'est kif-kif, non ?
Puisqu'on en est aux révélations, figure toi que je risque de partir au Japon ?...Mais j'hésite...
- Ah.... Oui c'est pour une histoire un peu compliquée....
Le téléphone de Guillaume sonna. Il répondit et quand la communication fut
terminée, il demanda à Mameth si elle était libre pour le dîner.
- Ben oui, mon petit. J'ai pas vraiment prévu de me retrouver ce soir en tablier de cuisine devant les fourneaux... Si tu m'invites...
- Vingt et une heure chez l'Italien des Ternes. Je dois repartir pour un rendez-vous important. Je te reparlerai du Japon.
Mameth but sa troisième tasse de thé et vida la théière. Elle avait des enfants voyageurs, un mari infidèle et voyageur, des parents voyageurs.
Elle, elle aurait voulu naître et vivre comme sa soeur Ursule à Mallorca, vivre entre une place, une église et un pont. Pas au Vietnam. Pas en Suède. Pas en Bolivie. Mameth n'avait jamais réussi à être celle qu'elle avait souhaité devenir. Elle n'y était parvenue qu'une seule fois. 
Lorsqu'elle s'était enfermée pour écrire les feuillets qui dormaient dans la chemise rose. Cette fois là, Mameth avait été Mameth.



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