" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: décembre 2013

ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 44




Semaine 44

Guillaume avait tenu Mameth au courant de ce qui se passait depuis la mort d'Andy. Il avait assisté aux obsèques et avait représenté la famille. C'est ce que l'avocat de sa soeur avait conseillé de faire, d'autant que Chloé était enceinte. C'était lui, l'avocat, qui avait été le premier au courant que Chloé portait un enfant de son défunt mari.
Pendant des heures, malgré la fatigue et le chagrin de sa cliente Maitre James n'avait rien lâché pour qu'elle conserve ses avantages au sein du groupe dirigé par celui qui devait devenir son mari. Elle y était employée depuis cinq ans comme une des conseillères financières du consortium hôtelier et devait le rester. Sa situation serait difficile àdéfendre, les lois ne ménageant pas les femmes. D'un autre côté les femmes de pouvoir indiennes qui avaient fait leur preuve pouvaient parfaitement s'en sortir. Le seul hic, c'est que Chloé était une étrangère et que le mariage n'avait pas été prononcé. Devant toutes ces incertitudes et les probables difficultés, Chloé avait cru bon annoncer son état. Il fallait dès à présent protéger l'enfant à venir et faire
admettre qu'Andy était le père, ce qui ouvrirait de délicates discussions de droits de succession. Les procès seraient sans doute inévitables contre la famille d'Andy.
Mameth avait beau avoir un caractère bien trempé, toutes ces histoires l'empêchaient de bien dormir comme d'habitude. Je remarquais qu'elle ronflait bien plus souvent et dans son sommeil souvent elle m'appelait et me demandait si j'entendais ce qu'elle me disait :
- Tu m'écoutes Lucie? se mettait elle à articuler lentement comme si elle était ivre.
- Ben non maitresse j'entends rien !
Mais ma réponse n'avait pas l'air de la pertuber beaucoup. Elle continuait ses borborygmes et ses ronronades;
Un matin au petit déjeuner son portable sonna. Il sonnait beaucoup depuis la bombe. Mameth décrocha nerveuse. Elle aurait voulu boire son café tranquille.
- Allo, j'écoute !
- C'est Roger avec qui vous étiez en garde à vue.
- Ah! Bonjour, Roger. Je vous ai dit l'autre jour que j'étais très occupée à cause de tout le malheur qui est tombé sur le dos de ma fille et que je n'avais pas le temps de me préoccuper d'autre chose.
- Je sais Madame Leventre. Mais moi aussi j'ai une catastrophe qui me tombe sur le dos.
- Personne n'est à l'abri mon pauvre Roger. Personne.
- Je suis à la rue depuis trois jours.
- Ah zut !... Et alors ?
-Ben j'ai pensé que vous accepteriez peut-être que je passe chez vous, me laver et boire un bon café, histoire de me redonner un peu le moral.
- Franchement, ça va pas être possible Roger. En ce moment je ne vais pas très bien et j'attends ma soeur.
- Bon, bon, je comprends. Portez vous mieux madame Mémeth et à la prochai...
- Eh, Roger attendez voir !... Mameth avait toujours été ému par les gens qui lâchaient prise facilement. Par les perdants d'avance. Elle s'exclama.
- Je pense à truc. J'ai une chambre de bonne au 8ème. Ca me sert de débarras. On pourrait voir pour quelques nuits, ça pourrait vous dépanner, non ?
- Oh que oui, Madame Laventre !
Mameth se doucha et se pomponna en attendant Roger. Un pauvre type à qui elle avait eu tort de céder. Ca allait terriblement lui compliquer la vie d'être charitable. Trop tard, le mal était fait.
Quand Roger sonna et qu'elle ouvrit, Mameth se retrouva devant un type qui avait une sâle mine. Il tenait un petit bouquet de quatre anémones qui courbaient la tête.
- Le fleuriste m'en a fait cadeau. Ne croyez pas que je roule sur l'or et que je cherche à profiter de vous. Je voulais pas arriver les mains vides.
- Entrez et venez boire un café. Je vais mettre ces quatre malheureuses dans un petit vase.
Je suis resté sur la table et quand j'ai vu le Roger l'air bien aimable, j'ai su qu'il était là pour un bon moment.


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ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 43


Semaine 43

Sébastien restait assis sur le lit, les jambes balantes. J'étais sur ses cuisses maigres et il me caressait machinalement. Il se mit enfin à parler.
- Tu sais le Chat, je ne suis pas bête comme ils le pensent.Ils m'ont frappé à cause d'une histoire avec les jumelles qui ont encore menti et dit que j'avais encore volé du Nutella. C'est elles qui mangent tout le pot quand y a personne. Mais cette fois, ils m'ont fait vraiment mal. Regarde...
Le petit souleva son tee-shirt et se contorsionna. Je vis des bleus violacés dans son dos. Ensuite il remonta sa manche droite et je vis les mêmes bleus sur son bras.
- Ma mère a eu la trouille et elle a dit à mon beau-père Jean- Jacques qu'il avait
tapé trop fort et que ça pouvait faire des histoires à l'école. Alors j'y vais plus depuis quatre jours. Mais la directrice a téléphoné. Ma mère a dit que j'avais attrapé la varicelle et que j'étais parti pour quelques jours chez ma grand-mère à Chambon. La directrice a dit qu'il fallait un certificat médical et comme je ne travaille pas très bien, elle a demandé à ma mère de passer chercher mes devoirs et d'apporter le certif. Mais ma mère a dit qu'elle ne pouvait pas passer. Qu'elle partait tôt à son travail. Alors la directrice a demandé quand elle pouvait passer. Ma mère a dit ce matin parce qu'elle partait plus tard au travail. Alors là haut, ils attendent la directrice et il faut pas qu'elle me voit et il faut pas qu'elle m'entende. Il vont mentir pour le certificat et dire que c'est ma grand-mère de Chambon qui l'a. Ils ont la trouille. Ils ont peur que la directrice se doute de quelque chose parce qu'un jour, Lili, une des soeurs jumelles a raconté que j'étais un voleur et qu'on me battait et que j'étais puni à la cave mais que ça n'y faisait rien. Elle avait demandé à ma mère et à Jean- Jacques de venir;
La directrice m'avait fait venir aussi dans le bureau. Mais ils avaient fait les innocents en disant que Lili exagérait tout. Qu'ils m'arrivait de faire des bêtises mais comme tous les enfants. Ma mère me regardait tout le temps quand elle parlait et ses yeux me disaient de me taire et surtout de ne pas dire le contraire. Jean-Jacques me tenait par l'épaule et me serrait très fort.
- Un jour, il va falloir parler et dire le mal qu'on te fait à la maison, dis-je en ronronant.
- Oui, mais il faudrait que je puisse m'échapper après, le Chat, sinon ils me tueront ou ils me feront prisonnier dans la cave pour toujours.
- Oui, confirmai-je. Sauf si on te croit et si la directrice prévient alors la police. C'est eux qui iront en prison.
- Ca c'est pas possible, le Chat. On me croira pas. Ils sont très fort. Et puis même si ma mère et Jean Jacques vont en prison, c'est les jumelles qui vont me tuer. Elles me détestent.
- On va réfléchir, Sébastien, dis je. On va sérieusement réfléchir. Mais tu as droit à une belle vie. Comme tes soeurs. Personne ne les frappe elles, hein ?
- Oui mais moi c'est pas pareil. Jean-Jacques il dit que je suis un bâtard.
J'en avais assez entendu et j'étais énervé alors je me suis mis à miauler fort comme un dingue, comme un chat qu'on écorche : "Jean- Jacques c'est un connard de mec, Sébastien!".
J'eus le sentiment que mon long et puissant miaulement passait à travers les murs et ressemblait à un râle de supplicié qui pourfendait la maison de haut en bas.


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ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 42


Semaine 42

Maintenant Mameth était sonnée. Pourtant quelques jours auparavant elle était sortie super excitée de son passage au commissariat. Finalement devant ses cris, ses contestations et ses remarques pleines de bon sens, le député maire à la noix avait préféré retirer sa plainte et parlé sur un autre ton. L'avocat et le conseiller en communication qu'il avait appelé plusieurs fois y étaient aussi certainement pour quelque chose.
Ce n'était pas le moment, vue la morosité politique ambiante, et à quelques mois des élections, de traiter avec morgue et arrogance les petites gens. Il avait même promis de dédommager le pauvre type qui avait perdu son chien dans l'accident. En sortant du commissariat, Mameth, comme d'habitude, avait filé son adresse et son numéro de
portable au cycliste. Chaque fois qu'elle avait à faire à des situations de crise, elle éprouvait aussitôt le besoin de croire qu'elle pouvait éternellement rendre service aux autres. En général, dans l'heure qui suivait, elle regrettait d'avoir filé ses coordonnés à des gens qu'elle ne connaissait pas . Quand ces personnes appelaient le lendemain pour boire un pot ou demander quelque chose, Mameth devait se creuser les méninges pour inventer des histoires tordues capable de la sortir dignement des griffes de ceux qu'elle avait souhaité revoir la veille.
Sauf que cette fois elle n'eut pas à chercher loin pour trouver des excuses bidon. Il y avait eu l'attentat à Bombay. Un truc très grave dans sa vie personnelle et qui la privait de temps disponible pour longtemps...

Elle n'avait pas pu joindre Chloé dans les heures qui suivirent la terrible nouvelle. Elle avait alors appelé deux fois La Luppa. La première fois, un moine répondit qu'il était à la chapelle en train de prier pour son gendre et sa fille et la seconde, le même moine expliqua que La Luppa venait d'être victime d'un malaise et que le médecin était attendu. Heureusement Guillaume répondit. Il lui conseilla de se calmer. Sa soeur Ursule allait venir à Paris demain ou après demain.
Il l'avait eue au téléphone et pensait que c'était une bonne idée.
Mameth aurait quelqu'un de proche à qui parler. Il fallait laisser Chloé tranquille. Guillaume parlait régulièrement à sa soeur et lui donnait de bons conseils. Bref, Mameth comprit assez vite que Chloé ne voulait surtout pas lui parler et l'avoir dans les pattes. Alors Mameth se contenta d'envoyer un texto.
Mameth monologua beaucoup avec moi. Il y eut beaucoup de Lucien par ci et de Lucien par là, de mon pauvre Lucien si tu savais et aussi des déclarations qui allaient de ma brave bête à mon amour de chat... Des égarements à la Mameth qui essayait de surnager sans verser une larme. Il lui fallut répondre aux amis. Faire la mère normale alors qu'elle n'avait même pas entendu une seule fois le son de la voix de sa fille. Et puis Mameth avait appris par Guillaume que Chloé n'irait pas aux obsèques d'Andy. Elle était épuisée. Elle connaissait peu les parents de son mari, les frères, les soeurs, les enfants nés d'un premier mariage mais elle savait parfaitement qu'elle ne serait pas la bienvenue. Tout ces gens là avaient été écartés quand Andy avait renoncé à un mariage indien, quand il avait évoqué un mariage européen qui servirait en même temps ses affaires, un mariage enGrèce à la Onassis. Elle était évidemment tenue pour responsable de cette décision infamante. Le mariage n'aurait pas lieu en Inde, mais la
famille s'emparait des funérailles. Personne ne voulait de Chloé ce jour là.

Ce jour là, Chloé appela enfin sa mère.
D'une voix monocorde et triste, elle demanda à sa mère comment se portait le chat Lucien. Mameth en sanglot lui répondit que j'allais très bien et que j'étais en fait le plus cadeau qu'elle lui avait fait.
- Non répondit alors Chloé, j'en ai un autre bien plus beau à te faire...
- Ah! se contenta de souffler Mameth interloquée qui avait peur à chaque mot de contrarier sa fille.
- Je suis enceinte, maman.
- Oui, répondit calmement, Mameth, c'est le plus beau cadeau qu'on puisse me faire.
- Où puis-je aller guérir, maman?
- A Antisoros, ma fille. Tu es toujours en Grèce, n'est ce pas ? Prends un bateau pour Antisoros. Tu verras, là bas c'est le paradis. C'est un coin du monde que je n'ai jamais oublié. C'est là bas que je suis devenue quelqu'un d'autre.
- Pourquoi pas. Si tu le dis. Je t'appellerai quand j'y serai.
- Prends bien soin de toi, Chloé, je t'embrasse.

Chloé avait raccroché sans dire un mot de son malheur. Encore une fois elle avait porté l'estocade à Mameth. Un enfant. Chloé n'arrêtait pas de monter toujours plus haut.




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