" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: Roman feuilleton : 50ème semaine

Roman feuilleton : 50ème semaine


Semaine 50

Finalement, suite à l'enquête ordonnée par le juge pour enfant, Sébastien avait été placé par la Dass, dans une famille d'accueil. Je pensais à lui, à la promesse que je lui avais faite de lui rendre visite mais je n'avais aucune idée de l'endroit exact où l'enfant se trouvait.
Je m'en voulais. Il devait m'attendre. C'est un soir où je réfléchissais dans le jardin de Mallorca où m'avaient trainé Roger et Mameth, que j'entendis bruisser les hautes herbes derrière le bosquet de pins. Ronrono apparut plus beau encore que d'habitude.
- Maitre ! Que me vaut votre visite ?
- Le Petit, Lucien, le Petit. Il t'attend depuis plusieurs jours.
- Oh, maître, j'y pensais justement! Je me demandais comment faire pour aller le voir ? Je ne sais même pas où il crèche !
- Moi, je sais, Lucien. Mais c'est si loin d'ici, que nous serions morts d'épuisement avant d'y arriver.
- Que comptez vous faire, alors, cher Ronrono ?
- Prendre le chemin du ciel, des étoiles, celui que je t'ai fait prendre de temps en temps. Celui qui est réservé aux Maitres Chats. Nous gagnerons de précieuses heures. Le Petit est malade. Une mauvaise grippe qui a dégénéré, la visite de sa mère qui s'est mal passée, bref, il faut y aller sans tarder. Les gens chez qui il se trouve sont très
gentils, tu pourras rentrer facilement dans la maison... Prêt, Lucien ?
Alors en route. Comme tu n'es pas endormi, ça va être très difficile de te faire parvenir jusqu'au chemin des étoiles. Surtout pendant la montée ne t'arrête pas. Suis moi, quoiqu'il arrive. Ne te laisse pas distancer....
- Oui, Ronrono. Je ferai comme vous avez dit.

Je suivis Ronrono qui escalada le haut mur qui encerclait la propriété. Nous avons pris le chemin en direction du centre du village. Arrivés à l'église, nous avons commencé une périlleuse escalade jusqu'au clocher.
Au sommet, Ronrono me demanda de lui mordre la queue et ne plus la lâcher jusqu'à ce qu'il me le demande. En équilibre sur le faite du toit pointu, Ronrono sauta dans le vide et m'emporta. Au lieu de nous écraser, on monta vers le croissant de la lune. Le ciel était pur, le chemin des étoiles nous apparut, clairement tracé. On grimpa à une
vitesse folle jusqu'à la première étoile. Ronrono s'y posa et me demanda de lui lâcher la queue.
- Voilà, Lucien. Le plus dur est fait. Maintenant quoiqu'il arrive tu me suis.
- Oui maître. Je vous suis.

Toutallait très vite. J'avais l'impression que nous étions aspiré par une force invisible qui nous faisait glisser sur le chemin suspendu et invisible pour d'autres que nous. Soudain on rentra dans une nuit épaisse. Sur les nuages, il y avait la vie d'en bas. Il y avait le pays où j'étais né, la ferme, l'odeur de l'étable, des vaches, du purin, l'odeur des prés verts, du foin coupé et sur un petit muret au soleil, il y avait ma mère et un de mes frères. Ma mère me vit passer et me reconnut. Ses yeux s'écarquillèrent. Elle miaula. Elle me demanda des nouvelles, de m'arrêter. Mais je ne pus que lui répondre:
- Impossible, ma mère chérie. Je dois suivre Ronrono.... Ronrono, s'il vous plaît, peut-on s'arrêter cinq minutes ?....
Mais Ronrono fit la sourde oreille. Peut-être n'entendait-il rien. Je venais à peine de me poser cette question que je vis alors ma mère disparaître et en suivant les pas de mon maître, un grand chagrin m'envahit. Que se serait-il passé si j'avais désobéi et si je m'étais arrêté ? Je finissais à peine de m'interroger que j'aperçus le petite chatte
Chaussette sur la plage de Soros. Elle aussi me regarda passer si étonnée de me revoir qu'elle arrêta de se lécher. Elle souriait et me miaulait gentiment de venir.
- Impossible, demoiselle, je suis chargé de mission !
- Oh !! Ca ne m'étonne pas. Tu as toujours mieux à faire que de passer du temps avec moi, pauvre imbécile !
Je n'aimais pas être insulté mais je n'avais pas le temps de répondre.
Ronrono traçait la route. Ensuite je vis un oiseau prisonnier dans une cage, un poisson échoué sur le sable qui demandait de l'aide, une souris adorable qui sculptait du fromage et me regardait comme si j'étais la huitième merveille du monde. Je ralentis. Mais l'ombre de Ronrono faillit m'échapper et j'eus la peur de ma vie. Je dus me battre contre un courant d'air violent pour me remettre dans son sillage à quelques pas de lui. Et puis le ciel redevint clair. La lune réapparut, le chemin des étoiles aussi. Ronrono s'arrêta et se retourna.
- Je ne sais pas ce que tu as vu, Lucien, mais c'est bien, tu n'as pas perdu le Nord.
J'ai toujours su que tu étais un chat digne de mon estime. Un grand chat. Un jour, toi aussi tu seras passeur. J'appuierai la demande personnellement. On est arrivés. On va descendre. Mets toi sur mon dos, s'il te plaît.
- Ronrono, ce que vous me demandez me gêne beaucoup....
- Blablabla ! Mets toi sur mon dos, allez ouste.
J'avais l'impression de monter un guépard. La dernière étoile s'enfonça lorsqu'on s'y posa et la descente fut vertigineuse. On atterrit dans un champs de tournesols que l'on coucha sur une bonne dizaine de mètres.
Ronrono me montra la maison où je devais me rendre. C'était une petite ferme au bout du chemin qui menait aux champs. Il ne pouvait pas m'accompagner davantage.
- Va vite! Me dit-il simplement.
Ronrono disparut aussitôt. Je filais vers la ferme et quand je fus arrivé dans la cour, il y avait du remue-ménage. Une grosse voiture blanche, la malle arrière ouverte, attendait. Je vis alors sortir de la cuisine deux infirmiers en blancs qui tenaient un brancard , suivi par une dame affolée qui portait une petite valise. Au milieu des draps blancs je reconnus le visage de Sébastien mangé par la fièvre. Je bondis sur le
brancard. La dame poussa un cri. Le Petit ouvrit les yeux et me reconnut:
- Le Chat ! Cria-t-il. Mémère c'est mon chat! Je ne vais pas mourir alors, puisque mon chat est revenu, hein , Mémère ?
- Mais non, mon garçon! Tu es solide, tu vas t'en sortir...
La femme demanda aux brancardiers d'où je pouvais bien sortir.
- Ca fait deux jours qu'il parle de ce chat, figurez vous !
- Un pressentiment! S'exclama l'un d'entre eux. En tous cas, ça l'a réveillé. Vous qui aviez peur qu'il sombre dans le coma, ça va mieux, là!
- Tu m'attendras le chat? Me demanda Sébastien.
J'eus tout juste le temps de dire oui. On me poussa et on me chassa du brancard.
J'eus l'impression d'être arrivé quand il le fallait et d'avoir réussi ce que Ronrono attendait de moi.




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