" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 53

ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 53


Semaine 53

Onaké et Guillaume s'étaient quittés à Venise, huit jours après y être arrivés. Guillaume savait de façon évidente qu'Onaké était la femme de savie, celle qu'il épouserait s'il devait se marier. Mais il ne savait encore pas de façon certaine s'il se marierait un jour. Onaké avait été éblouie, séduite, emportée, conquise. Il serait son homme, le seul. Mais elle avait à terminer son oeuvre. Ils s'étaient rencontrés un peu trop tôt et le savaient. Ils s'étaient donc séparés le plus simplement du monde en attendant le moment qui les réunirait pour toujours. Ils avaient pris le même bateau-taxi qu'à leur arrivée pour rejoindre l'aéroport. Dans le petit matin pâle ils avaient regardé la lagune encore assombrie qui accueillait les oiseaux échassiers venus se nourrir en faisant disparaitre leur long bec dans la vase. Guillaume tenait
fermement Onaké par les épaules et il se laissait envahir par le parfum léger de ses cheveux et de son cou. Ce parfum serait quoiqu'il arrive toujours à part dans ses souvenirs. Onaké sentait l'emprise des doigts de Guillaume. Personne d'autre n'aurait autant de pouvoir. Ils savaient tous les deux qu'ils se reverraient mais il ne fixèrent aucune date.

Quand Onaké reconnut la cime des arbres au dessus du monastère, son coeur et ses sens retrouvèrent toute leur sérénité. Le monde civilisé restait derrière elle, à une cinquantaine de kilomètres à peine, mais de façon irrémédiable. Quand on sortait de Kyoto et qu'on quittait la route principale, un autre monde commençait. Un monde de lenteur, de silence et de recueillement. Le moine Kitashiba parlait peu. Au premier
coup d'oeil, il saisit le changement. Onaké ne souriait plus de la même façon et ses épaules s'étaient assouplies ainsi que sa démarche. Il fut heureux qu'Onaké ait rencontré l'amour.
Onaké travailla dur mais une fougue nouvelle irriguait son cerveau et le final de son oeuvre s'ouvrit sur des notes inattendues, des accords suaves et sourds comme des tambours funèbres. Quand elle se sentit prête, elle fit venir Kitashiba et Gio dans sa maison de bois. Elle les installa près de l'âtre et pendant une heure et demi elle fit sortir du piano un concerto sauvage et réfléchi, un liquide de notes désaltérantes et
lourdes comme la terre glaise. C'était la beauté de la Princesse Gio assise sur le banc de pierre, sa longue et interminable attente, les saisons qui passent, son indestructible amour, le froid, la neige et le gel qui la prirent et l'enveloppèrent dans un linceul de chagrin infini. C'était la vaine fureur du Prince, sa lâcheté et sa petitesse.

Le lendemain matin le moine Gio passa devant la maison d'Onaké. Il l'appela et lui conseilla de venir se baigner au lac. Il fallait qu'elle chasse la fatigue des derniers jours et qu'elle se ressource. Elle avait mis beaucoup de ses forces vitales dans les dernières partitions du concerto. Elle le suivit. Gio s'installa sur un rocher près de la
berge pendant qu'Onaké s'enfonçait dans l'eau du lac qu'elle trouva fraîche mais pas froide. Je les avais suivis. Je dorai ma fourrure sur un rocher pas loin de celui où Gio s'était assis. Je vis alors le moine se déshabiller et glisser dans l'eau, un roseau dans la bouche. Il disparut sous l'eau comme une anguille. Soudain je vis la tête d'Onaké
disparaitre à son tour de la surface de l'eau. Puis ressurgir en hurlant, puis disparaître de nouveau. Autrefois Gio avait sauvé Onaké de la noyade mais cette fois, je réalisais qu'il essayait de la noyer. De temps en temps je voyais le roseau de bambou percer la surface du lac et d'autrefois des remous désordonnés et inquiétants ridaient l'eau. Les
chats détestent l'eau. Moi je la haïssais. Celle là plus que n'importe quelle autre. Brune et sombre, lisse et lourde comme un crêpe de deuil. Mais j'étais le Petit Tigre d'Onaké. Son premier amour. Avant Guillaume que j'aimais aussi et qui l'aimait. Alors j'ai appelé de toutes mes forces le Maitre Ronrono. Je lui remis mon destin. Je lui ai demandé d'être indulgent et d'accepter que je sois moi aussi admis au royaume, dans la noble confréries des maitres chats, si les eaux de ce lac décidaient de me garder prisonnier.
Je finis par plonger. Je nageais comme une loutre jusqu'aux deux corps qui s'affrontaient. Je plantais mes griffes dans le dos de Gio qui voulut se retourner et lâcha la taille d'Onaké qui remonta à la surface. Je lacérai la chair du moine par derrière pour qu'il ne puisse pas me saisir. Je voulais qu'Onaké ai le temps de nager assez loin de lui. Gio tentait malgré tout de retrouver Onaké et puis soudain, il arrêta de la poursuivre. Il resta immobile. Je me détachais de son dos qui saignait
abondamment. Gio se retourna violemment et me regarda en souriant. Il me dit en miaulant comme un chat : "Nous l'aimons tous à la folie, n'est ce pas ?"
Puis il sombra. Je réussis à remonter à la surface et vis Onaké assise sur un rocher, le visage caché dans ses mains. Elle ne me vit même pas revenir. C'est quand elle sentit mon poil mouillé et gluant sur ses jambes qu'elle ouvrit ses mains et me découvrit en piteux état.
- Petit Tigre, mon Petit Tigre !... C'est toi qui m'a sauvé ?.. Mais oui c'est toi, c'est toi ! Mon Dieu, mon Dieu ! Hurlait-elle en tremblant de la tête aux pieds. Rentrons vite avant de mourir de froid. Elle me serra dans ses bras et détala en courant sans se rhabiller.


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