" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 62

ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 62


Semaine 62


Le concerto était terminé. Onaké avait rangé les partitions dans une chemise en carton déposée sur le piano. Maintenant les cendres du moine Gio reposaient dans un vase de céramique noir au côté d'autres vases contenant les cendres des moines défunts de la communauté, dans une salle situé derrière les offrandes du temple. 
Dans la maison de bois où s'était installée Onaké, les trois coffres de la pièce principale étaient ouverts et entre les deux plus gros, la valise d'Onaké se remplissait peu à peu de vêtements. Comme le lui avait demandé Kitashiba, Onaké avait déposé les plantes séchées qu'il lui avait apportées dans les coffres qui contenaient les futons et les couvertures pour qu'ils soient protégés de moisissures et des insectes et en même temps parfumés. Ca sentait une mélange d'écorce d'orange, de poivre et de thym. De la même façon, elle stocka le ustensiles de cuisine dans une boite en bois d'érable. Quand Onaké eut fini le rangement, elle ferma sa valise et la fit rouler jusqu'au balcon de bois qui courait devant la maison, puis elle s'assit sur la plus haute des trois marches, les jambes repliées en tailleur. Elle contempla, devant la maison, la petite prairie verte et le chemin de terre qui la coupait en deux avant de s'enfoncer dans le bois de bambous qui menait au monastère. 
Elle se souvenait  de François de La Salle et le revoyait arriver de son pas fatigué, appuyé sur sa canne noire. Elle revoyait son sourire fragile et si tendre qui l'avait rassurée dès  la première  fois, à Pleyel. Elle se souvenait aussi de Gio, le portant dans ses bras, quand la maladie l'avait privé de toutes ses forces. Maintenant ce souvenir lui était désagréable mais pas insoutenable. Elle n'avait pas eu le temps de haïr Gio. Elle avait mis du temps à comprendre qu'il voulait la noyer. Elle n'avait pas compris tout de suite parce qu'elle refusait de le croire. Gio l'aimait comme il avait aimé La Salle et on ne tue pas les gens qu'on aime. Onaké se remémora son arrivée, son installation, le dévouement de Kitashiba, les heures passées à travailler, le bonheur de l'isolement, du silence, la mort de François et sa demande insensée et l'arrivée de Guillaume suivi de son départ précipité. Onaké se souvint de Venise et de la façon dont ce voyage avait changé le cours de sa vie et sa vision des choses. Quand elle était revenue ici, les couleurs n'avaient plus cette lumière extraordinaire, le silence était pesant et son corps lui pesait. L'amour l'avait enveloppée de cette soie invisible qui empêche soudain la liberté des gestes d'autrefois. Elle n'était plus dans l'immobilité des jours mais dans l'attente d'un signe. Une page de sa vie se tournait encore. Je me mis à ronronner et Onaké me caressa. 

- Ne t'inquiète pas Petit Tigre. Je ne t'abandonne pas. Tu viens avec moi. Mais il te falloir comme moi renoncer à la liberté.
Onaké ouvrit un panier d'osier fabriqué par les moines et m'invita à m'y glisser.
Elle vit alors arriver sur le chemin de terre ocre, Kitashiba qui avançait à grandes enjambées.
- C'est l'heure, Onaké. C'est l'heure de retourner au monde. Je ne manquerai pas de prier pour que tu trouves ton chemin, comme je prie pour que Gio soit pardonné.
- Je suis prête pour le grand saut, mon oncle.
C'est la première fois qu'Onaké marquait ouvertement sa parenté avec le moine.
Kitashiba comprit qu'Onaké avait besoin d'une attention particulière. Il ouvrit ses bras et serra tendrement Onaké.
- Tu seras dans mes pensées et le monastère restera toujours ta maison.
- Merci, je te remercie. 
Onaké joignit les mains et s'inclina. Pendant ce temps, le moine était rentré dans la maison. Il ferma les volets de bois et ressortit. Le moine donna un tour de clés. Il saisit la valise  et s'engagea sur le chemin.
- La camionnette est garée devant le monastère. Allons y.
- Je te suis, dit Onaké.
Onaké se retourna avant de s'engager dans le bois de bambous. Elle se retourna sur sa vie passée là, entre parenthèses, dans un monde loin du monde.



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