" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 33

ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 33


Semaine 33

J'avais attrapé une sale maladie en me nourrissant des restes des poubelles de la rue. Une diarrhée m'avait ravagé les boyaux pendant deux jours, me laissant sans force. J'avais trouvé un abri dans la cabane d'un jardin inhabité. Les volets de la maison étaient fermé. Dans la cabane en bois, il y avait un panier d'osier qui contenait des gants en cuir, un tablier et un sac en toile qui m'avaient servi de couche. Je m'étais traîné dehors trois ou quatre fois pour boire dans la soucoupe des pots de fleurs alignés sur la terrasse. Je pensais à Sébastien, qu'il avait peut-être besoin de moi mais j'étais incapable de me traîner jusqu'à la cave. Je m'étais réfugié dans l'endroit le plus proche et le plus sûr lorsqu'avaient commencé mes coliques. Dès que je sentis que
j'allais mieux, je me suis mis en route en direction de la cave. J'étais encore faible, efflanqué mais Sébastien avait peut-être besoin de moi.
Je fis un effort pour me porter là bas et quitter le panier d'osier confortable.
Je franchis le soupirail au milieu de la nuit et j'entendis Sébastien qui sanglotait. Puis sa respiration s'arrêta brusquement au moment où je sautais sur le sol terreux de la
cave.
- Le chat? Demanda t-il. C'est toi ?
Je miaulais tendrement en ronronnant.
- Oui, c'est moi. C'est moi.
- Pourquoi tu m'as laissé vilain chat? Ca fait trois nuits de suite que je suis puni parce que les jumelles ont dit que j'avais dit à la directrice de l'école que mes parents étaient méchants. Ce n'est pas vrai, je n'ai rien dit. Et en plus toi, tu n'es même pas venu. Tout le monde me déteste et toi tu ne viens pas.
- J'étais malade.
- Je m'en fiche. Et puis tu mens, comme les autres... Tu as maigri c'est vrai.
Je venais de sauter sur le lit.
- Ils t'ont fait du mal là haut ? Ils t'ont battu ?
- Non. Ma mère a dit à mon beau père qu'il ne fallait pas me battre, surtout si j'avais dit que mes parents étaient méchants. Elle lui a dit que quand même il fallait faire attention. Alors j'ai eu en échange une semaine de cave. Je me disais que tu serai là et que ça passerai vite la nuit, mais tu n'es pas venu. C'est à cause de ça que je pleurais, tout à l'heure. Je croyais que tu m'avais oublié pour toujours.
- Et pourquoi, imagines tu des horreurs pareilles. Je n'abandonne personne. Jamais.
- Et si tu es mort ?
- Là,bien sûr... Mais je te promets d'envoyer quelqu'un d'autre. Tu te souviens de ce que je t'ai raconté l'autre fois. Que nous revenons au dessus des maisons, enfin notre âme. Je peux aussi parler aux chats vivants, la nuit.Donc j'aurai demandé à un collègue de venir.
-Un sympa. Demande à un sympa comme toi. Parce que des fois, il y en a qui griffent et qui ne veulent jamais se laisser caresser.
- T'inquiète je sais reconnaitre un gentil chat à trois kilomètres.
- Tu me racontes l'histoire que tu n'as pas eu le temps de finir parce que tu t'es endormi, l'autre nuit.
- Voyons. C'était quoi, déjà que je voulais te raconter... ?
Je me suis léché le ventre pour me laisser le temps de réfléchir. J'étais fatigué, le ventre creux, j'avais peu d'idées. Je me mis à penser à Ronrono. Il serait furax de constater que je m'apitoyais sur mon sort alors qu'un pauvre enfant vivait un enfer depuis des mois, des années peut-être.
- Je vais te raconter la vie d'un de mes meilleurs amis. Qui est aussi mon maître. Il s'appelle Ronrono. Il est tellement grand et fort qu'il ressemble à un léopard ou un jaguar. Il avance avec la même allure. Il m'a donné plusieurs vies et me fait traverser d'une vie à une autre en prenant une route secrète dans le voie lactée. Il est né en Inde. Son arrière grand-mère, sa grand-mère vivaient misérablement, un peu comme moi. Dans la rue, à la merci des poubelles et des caniveaux, des caves et des jardins déserts. Mais sa mère trouva la fortune après avoir marché des jours entiers. Et Ronrono naquit dans un palais. Tu vois, Ronrono a eu de la chance. Pas comme nous.
- Peut-être que tu marcheras aussi des jours entiers et que tu auras de la chance.
- Mais si je marche des jours entiers, Sébastien, ça veut dire que je vais te quitter !
- Sauf si je pars avec toi.
- Ah oui, évidemment...
La porte de la cave s'ouvrit. Un type est descendu. Un type maigre et pas très grand. Un type qui n'avait pas l'air terrible. Sébastien s'allongea sans bruit et je disparus sous le lit.
- Ta mère veut te parler. On lève la punition. Tu vas dormir dans ta chambre. Mais tout ça à une seule condition qu'on va t'expliquer... Si tu veux retrouver ton plumard t'as intérêt à bien ouvrir tes esgourdes. Allez monte.
Je sentis que Sébastien regrettait presque de monter. De suivre ce type. Lacave, aussi sordide qu'elle pouvait l'être, était notre lieu de rendez-vous. Un endroit où malgré le sordide, il se disait enfin de l'amour.




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