" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 34

ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 34



Semaine 34

Mameth se réveilla sans avoir bien dormi. Pendant la nuit, je l'avais sentie bouger, se retourner souvent dans son lit. Ce matin elle n'avait pas la tête des bons jours quand elle arriva dans la cuisine et remplit d'eau la bouilloire électrique pour préparer le thé.
Je me frottais à ses jambes pour réclamer mon petit déjeuner et déjà, elle soupirait :
- Tu peux pas attendre un peu, non. T'es tyrannique comme la Chloé qui t'a expédié ici ...
Mais elle se baissa aussitôt pour saisir ma gamelle et me caresser au passage. Je ne me laissais pas beaucoup dorlotter. Il fallait qu'elle en profite quand je demandais à manger.
- Ah mon Lucien, mon Lucien ! Heureusement que tu es là finalement parce que depuis quelques temps j'en vois des vertes et des pas mûres, tu sais... Maintenant c'est mon Guigui. Il veut partir au Japon pour s'occuper des affaires d'un type qui est en train de passer l'arme à gauche dans un monastère. Mais qu'est ce qu'ils ont tous à aller mourir dans des monastères. Ils ne peuvent pas mourir dans des hopitaux comme tout le monde. Remarque moi, je ne veux surtout pas mourir à l'hôpital. Je veux mourir chez moi... Mais quel chez moi ? Je ne sais pas... c'est ça le problème. Ici,
bof-bof, Mallorca, c'est mieux, Saigon, c'est le rêve, mais c'est loin... Faudrait que j'ai la force d'arriver jusqu'à la maison de St Jacques. Remarque le type que va voir Guillaume, il a bien réussi à aller jusqu'à Kyoto. Bon, mais au lieu de penser où mourir, faut que je me secoue parce que je vais chez la couturière chercher mon tailleur en shantung. Tu te rends compte qu'il faut faire cinquante kilomètres pour trouver une couturière, aujourd'hui. Le prêt à porter c'est pas pour moi. J'ai mal vieilli. Physiquement j'entends. La gueule ça passe, mais j'ai pris du bide. Si, Lucien, j'ai du bide et dix kilos de trop. J'espère qu'elle aura pu retoucher la veste. Bientôt tu vas être seul pendant huit jours. C'est Mme Ratier la concierge qui viendra deux fois par jour te donner à manger. Guigui peut pas, il sera en Grèce avec moi. Tu vas morfler tout seul des journées entières... et des nuits seul sur le lit. Mon pauvre Lucien ! Bon allez, je me prépare et je pars chez cette couturière. Ensuite je passe chez le chapelier. J'ai jamais eu une tête à chapeau. On dirait toujours que je suis coiffée d'une soupière. Heureusement que je ne me suis pas amourachée d'un futur président de la république. Je ne pensais pas porter un chapeau à ce mariage mais Chloé m'a dit que c'était impensable d'être tête nue. Je n'ai pas voulu envenimer les choses ! Bref, Lucien, je vais rentrer tard et épuisée.

Mameth partit vêtue d'un pull en fil d'écosse, d'un pantalon noirs et d'une veste en jean. Et de son sac de St Jean de Luz. Elle monta dans sa voiture en se plaignant de son genou et en pensant qu'elle était devenueune vieille. Elle se mit à haïr cette journée et se demanda ce qui pourrait bien la lui rendre moins sinistre. Elle roulait vers Bourg la
Reine, Radio 80 à fond la stéréo quand un agité en mercedes noire aux vitres teintées, la doubla et se rabattit en l'obligeant à freiner. Au carrefour suivant, elle assista de loin, à l'accident. Un accident qui allait lui redonner gout à la vie. La mercedes noire, la même, venait de renverser Jean-Michel Lebatu, un cycliste, qui pédalait en tenant en laisse son labrador. Tous deux allaient bon train sur la nationale. Le chien gisait près du trottoir, mort. Il avait eu quelques soubresauts plaintifs et s'était éteint. Le Jean-Michel Lebatu était effondré. Il accusait la mercedes noire pour l'instant, bloquée au feu rouge, de l'avoir serré. Mameth s'arrêta et sortit de sa voiture pour aller taper àla vitre du type en mercedes qui avait refermé sa portière après avoir constaté que le gisant n'était qu'un chien. Le type en mercedes baissa la vitre en voyant Mameth :
- Madame, je vous en prie, occupez vous de vos affaires et surtout ne prêtez pas attention à ce pauvre type alcoolique qui dit n'importe quoi !
- Mais il ne dit pas n'importe quoi ! Vous vous êtes rabattu contre lui violemment. Au croisement précédent vous m'avez doublé de la même façon. Vous ne respectez pas la
limitation de vitesse. Vous êtes un danger public.
- Ne vous mêlez pas de ça. Ce type a bu.
- Je n'ai pas bu ! Hurlait le type en pleurant. Je n'ai pas bu ! Tu as tué mon chien, salaud ! Tu as tué mon ami, connard ! J'ai relevé ton numéro !
- Ne vous en mêlez pas, madame. Ce pauvre mec ne fait pas le poids, vous savez, dit abruptement le mec de la mercedes avec un sourire hollywood chewing-gum, en regardant Mameth dans le blanc des yeux.
- Il ne fait pas le poids contre quoi ? Rétorqua Mameth
- Contre un député, madame.
- Dis donc, député de mes deux ! hurla Mameth en le saisissant par sa cravate, tu crois que les gens élisent des gens comme toi pour t'entendre parler comme ça au français moyen ?
Le député écarquilla les yeux, étourdi, sonné, abasourdi. Cette femme qui avait plutôt l'air BCBG était en fait une mégère, une conne de faubourienne. Il avait fait une erreur d'appréciation... Mais, aujourd'hui, c'était difficile de savoir qui était qui.
- Hé, la mémère, on se calme ! dit-il en tirant sur sa cravate d'un coup brusque.
- Quoi ! cria Mameth. Grossier personnage avec ça ! Mameth lui refila une baffe qui le fit saigner du nez.
Depuis le début de l'incident un attroupement était venu perturber la circulation de la nationale. Une voiture de flic arriva, alertée sans doute par le téléphone portable d'un badaud.

Mameth fut embarquée avec Jean-Michel Lebatu tandis qu'une fois l'identité du député vérifiée, la mercedes put repartir sans encombre.
- C'est sympa ce que vous avez fait, Madame ! dit le SDF cycliste.
- C'est la moindre des choses. Ce député de chauffard à la noix ne l'emportera pas au paradis.
- Il a tué mon compagnon, mon seul ami. Vous aimez les bêtes, madame ?
- Oui. J'aime mon Lucien, un chat. J'aurais pu moi aussi faire un truc dans votre genre avec mon Lucien. Du patin à roulette avec lui.
- Vous vous foutez de ma gueule maintenant?
- Pas du tout. J'essaie de détendre l'atmosphère. J'ai du chagrin pour votre chien. Il avait l'air d'en vouloir à courir comme ça. Comment s'appelait-il ?
- Lupa.
Mameth avala sa salive de travers.
- Avec un p ou deux p à Luppa ? demanda t-elle en toussant
Le type regarda Mameth en se disant qu'il n'avait pas à faire à un modèle courant.
- J'chais pas.
- Bon. Ben on dira deux p, alors. Luppa avec deux p comme l'artiste peintre.
Le fourgon de police s'arrêta devant le commissariat. La conversation prit fin.




semaines précédentes :

 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33

 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vous aimerez peut être

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Messages les plus consultés

Une erreur est survenue dans ce gadget