" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 52

ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 52



Semaine 52

Pendant huit cent kilomètres je suis resté tranquille, enfermé dans ma cageotte en osier sur une serviette de toilette qui sentait bon. On s'est arrêté trois fois. Roger sortait la cageotte et l'ouvrait en me tenant la tête sans doute pour que je ne saute pas comme un bouchon de champagne de ma tutte. C'est pas l'envie de me dégourdir les pattes qui me manquait mais dès que je faisais mine de trop sortir le nez, Mameth
se mettait à hurler qu'on allait me perdre. Finalement Roger tira de sa poche un mouchoir en tissu et de la ficelle. Avec le mouchoir, il me fabriqua un collier et avec la ficelle, une laisse qu'il laissa se dérouler.
- Allez, Lucien, va faire des galipettes dit-il gentiment
- Roger vous êtes inconscient mon pauvre ami ! Se borna à grommeler Mameth.
Mais moi, de prendre l'air et de bouger, ça me ravissait le poil. Roger me donna à boire et quelques croquettes. Roger était vraiment un chic type.Le type parfait pour supporter et aider Mameth à devenir meilleure.

Quand on arriva à Mallorca, le soir était bien rouge et la nuit n'allait pas tarder à tomber. En passant dans le village en direction de la maison de Mameth, un peu avant, Mameth pointa son doigt sur la droite en désignant une petite ferme coquette.
- Chez ma soeur. Se contenta-t-elle de dire. On ira diner tout à l'heure.
Ensuite juste après elle indiqua de hautes grilles noires.
- Voilà, c'est là. Ursule a ouvert le portail, elle savait que je venais. Je lui ai téléphoné.
Roger freina sèchement, ralentit, rétrograda et passa la grille. Il poussa un sifflement d'admiration.
- Ben dites donc, Mameth, en voilà une chouette baraque ! Vous aimeriez pas mieux vivre ici que dans votre appart parisien ?
- Ca dépend des jours mon pauvre Roger. Les choses sont pas si simples. Vous ne me connaissez pas.
Roger sentit qu'il avait outrepassé ses droits. Mais ça faisait huit cent bornes qu'il n'avait rien dit qui puisse fâcher Mameth, alors l'erreur était permise. D'ailleurs Mameth ne sembla trop irritée. Elle sortit de la voiture, un trousseau de clés à la main. Roger comprit qu'il devait s'occuper des bagages. Mameth rentra, alluma les lumières de la cuisine et du salon, puis retira les draps qu'Ursule posait sur les meubles du
salon.
- C'est pas croyable ça ! Je le lui dis chaque fois ! Rien sur les meubles, ça fait mortuaire ! Eh ben non ! Chaque fois elle recommence ! Elle est têtue comme une mule !
Roger écoutait Mameth se plaindre, une valise au bout de chaque bras.
- C'est pénible, Roger, les gens qui ne veulent pas entendre, très pénible. On va monter les valises dans les chambres. Venez.
- Qu'est ce qu'on fait de Lucien ? Demanda Roger. Vaut peut-être mieux l'enfermer dans une chambre, non ?
- Je l'avais oublié celui là ! Mon Dieu mais bien sur... Montez son panier dans ma chambre.
Mameth alluma toutes les lumières. La maison brillait comme un palais en fête.
- Entrez, entrez donc ! insista Mameth quand Roger se pointa avec moi, devant sa chambre.
- Madame Mameth mais c'est magnifique ! C'est toute ma jeunesse, ici.
Roger s'essuya le front avec le mouchoir qui m'avait servi de collier.
- Je retrouve presque le même odeur qu'à Saïgon. La même odeur. Si j'avais su qu'en vous accompagnant j'allais découvrir ça ! Roger se tapotait le front avec le mouchoir et ce geste énerva Mameth.
- Découvrir quoi ?... Vous connaissez Saïgon ?
- Un peu que je connais. Les plus belles années de ma vie. Les plus terribles aussi. Enfin des années qui vous marquent pour la vie. Qui font que vous êtes sûrs que vous n'avez pas vécu pour rien. Roger parlait d'une voix presque aphone.
Mameth le regarda. Elle sentait venir un fou-rire incontrôlable. Elle le laissa venir et se mit à rire jusqu'aux larmes. Roger n'y faisait pas attention. Il n'avait toujours
pas posé ma cageotte. Soudain Mameth hocqueta et dit comme une femme ivre qui se reprend :
- Excusez moi, Roger. Moi aussi quand j'arrive ici, quelque chose de plus fort que moi m'étreint, m'émeut et ça me rend conne parfois. Ici, c'est la maison de mes parents. Ma mère est née à Saïgon. Ses parents étaient planteurs d'hévéas au nord de Saïgon.
Ce sont ses meubles. On va aller dîner chez ma soeur. Ursule nous attend. C'est une excellente cuisinière.
Mameth attrapa la panière et l'ouvrit. Je fus prudent avant de bondir à l'extérieur. Ensuite je me mis à renifler autour de moi.
- Je ne pense pas que Lucien fasse des bêtises pendant notre absence. Dit Mameth.
Elle ajouta.
- Roger, apportez lui un bol d'eau et quelques croquettes, s'il vous plait.
Roger descendit à la cuisine. Il n'en revenait pas. La vie jouait de ses tours incroyables! Comment aurait-il pu imaginer qu'entre lui et Mameth, il y avait ce Vietnam qu'il avait tant, tant aimé.


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