" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 55

ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 55


semaine 55

Yannis s'était douché et avait mis des vêtements propres. Sur sa chemise bleu ciel il avait enfilé une veste en toile beige assortie au pantalon. Il s'était rasé et avait essayé de dompter ses cheveux grisonnants et crépus. Je ne l'avais jamais vu aussi soigné. Je me rendis compte qu'il pouvait être élégant bien qu'il ait laissé le col de sa chemise entrouvert sur les poils qui envahissaient sa poitrine jusqu'à la base du cou. Pour finir, il avait ciré des mocassins en cuir noir et avait rencardé dans la vieille armoire ses tennis et ses sandales en cuir. Il m'avait regardé en riant et s'était exclamé :
- Alors Bradpitt, il a de la gueule, le père Yannis, hein ? Qu'est ce que tu en penses ?
Pour toute réponse, je m'étais mis à ronronner. Yannis aimait bien mes ronronnades.
- Tu vois, c'est pas avec Mameth que je vais dîner, mais c'est tout comme. On pourrait croire que je vais dîner avec une Mameth qui n'aurait pas vieillie. Comme si je dinais avec la Mameth d'autrefois. Car elles se ressemblent comme deux gouttes d'eau, la mère et la fille. C'est incroyable ce que la vie peut jouer comme tour.

Yanni savait invité Chloé sur la grande île qui faisait face à Soros. Epistéria était à une vingtaine de minutes de Soros. Un bateau faisait régulièrement la navette entre les deux îles jusqu'à une heure du matin.
Yannis avait réservé une table dans le meilleur restaurant de l'île. Chloé remarqua que le patron connaissait Yannis mais son accueil manqua délibérément de chaleur. Le patron dévisagea Chloé. Elle lui rappelait quelqu'un. Mais le scandale qui tâchait l'honneur de Yannis Pantapoulos était vieux d'une quarantaine d'années et lui, le patron, était bien jeune à l'époque. Ses souvenirs de "l'affaire" étaient flous. Il pensa
néanmoins que son père n'aurait pas permis à ce scélérat de s'asseoir à une de ses tables. Pourtant, il conduisit sans rien dire Yannis et Chloé à l'une des meilleures tables de la terrasse qui surplombait la plage de San Giorgos. Il leur donna le menu et leur souhaita bon appétit.
Chloé et Yannis n'eurent plus à faire à lui de la soirée.
- Je ne boirai pas d'alcool. Je n'en bois plus.
- Eh bien ce soir vous ferez une exception ! Sinon vous me facheriez !
- Non, je n'en boirai pas, désolée.
Chloé regarda droit dans les yeux Yannis qui était décontenancé. Elle ne voulut pas le laisser sur une mauvaise impression.
- Je ne bois plus d'alcool parce que je suis enceinte.
- Ohh ! S'exclama Yannis. Je ne pouvais pas deviner. Vous êtes enceinte de l'homme qui a tragiquement disparu ? De votre mari en quelque sorte ?
- Oui, c'est ça. Il est mort sans savoir qu'il allait être père.
- C'est dommage, ça... Alors on va demander un coktail de fruits, sans alcool.

Cette révélation avait troublé Yannis qui se remplit un verre de vin blanc retsiné dès que le serveur apporta les boissons. Tout se jouait très bizarement depuis qu'il avait trouvé la pièce de cinq francs au milieu des pierres du petit mur. Ce n'était pas Mameth qui était venue comme le serment fait autrefois le prédisait, mais sa fille. Et cette Mameth qui était à l'origine de la mort de son fils lui envoyait sa fille enceinte. Dieu s'amusait de lui. Et puis ce soir là, Yannis eut une autre révélation. De la terrasse du restaurant, on voyait le bras de mer noire qui séparait les deux îles. En face les lumières de Soros battaient comme le coeur des étoiles. Malgré tout ce qui était arrivé, il n'avait jamais quitté l'île parce qu'il aimait cet endroit plus que tout au monde. Et quitte à vivre avec le chagrin et le malheur, mieux valait que ce fut là, à côté du continuel murmure de la mer, dans le bleu et le blanc éternel de son île, dans les nuits au ciel immense.
A part ça, Yannis avait remarqué que le serveur était subjugué par Chloé. Yannis le taquina en grec et le garçon disparut gêné. Yannis,pour détendre l'atmosphère en toucha un mot à Chloé :
- Vous plaisez beaucoup au serveur, vous savez!
-Yannis, je ne suis pas vraiment d'humeur à batifoler... A cause de tout ce qui vient de m'arriver mais aussi parce que je ne ressemble pas du tout à ma mère. Il me faudra du temps avant de ne plus croire qu'Andy n'est pas mort dans cet attentat. Je me dis qu'un miracle va le faire revenir. Je nie son décès de toute mes forces.
- Ah! soupira Yannis attristé. Moi, quand ma femme et mon fils ont disparu, j'ai tout de
suite su que c'était vrai, que c'était sûr. Je n'ai pas pensé un seul instant qu'on allait les retrouver.
- Parce que vous vous sentiez coupable, vous les aviez trahis.
- C'est sans doute pour ça, oui.
- Vous avez dû haïr ma mère ?
- Pas du tout. C'est moi que je haïssais. Elle n'y était pour rien.
- Elle a dû bien vous allumer, tout de même. Je la connais. Elle savait que vous étiez marié, que vous aviez un enfant...
-Oui. Mais ce que nous faisions sortait du cadre de la vie de tous les jours, de la vraie vie. Notre rencontre était magique et elle faisait partie d'un monde merveilleux, dans une île paradisiaque. Nous étions jeunes et nous y avions droit. Je n'avais pas épousé la femme de mes rêves, vous savez. J'avais épousé la fille choisie par mes parents.
- Qu'ont dit vos parents de tout ça ?
- Ils en sont morts quelques temps plus tard. De honte sans doute et de chagrin.
- Comment avez vous pu survivre ? Demanda Chloé en lui prenant la main et en la serrant très fort dans la sienne.
- En payant de ma vie, justement, dans un endroit devenu hostile. Ou les gens ne me parlaient plus et me trouvaient monstrueux. Il n'y a eu que la mer, les pierres, la plage du camping et les oliviers pour ne pas me juger. C'est pour ça que j'aime cette île à la folie.
Chloé secoua la tête. Elle avait envie de pleurer. Elle était étrangère à tous les sentiments dont parlait Yannis. Elle le trouva terriblement poète, grand et misérable. Mais elle retira subitement sa main de la sienne car elle venait de se rendre compte que quelque chose de plus fort qu'une franche affection l'attirait soudainement vers cet homme que sa mère, sans le savoir, avait condamné au malheur.


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