" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 57

ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 57




Semaine 57

Onaké était restée désemparée après la violente agression du moine Gio.
Tout d'abord après avoir réussi à sortir de l'eau saine et sauve, après m'avoir récupéré dans ses bras, Onaké rentra en courant à perdre haleine chez elle et se barricada dans la petite maison de bois. Elle resta prostrée par terre à côté du piano en grelottant et en suffoquant. A force de gigoter pour essayer de me libérer de ses bras qui serraient
très fort, elle reprit conscience et se précipita vers un coffre qui contenait du linge de maison. Elle sortit une grande serviette de toilette et s'y enveloppa. Avec une autre, elle sécha ses cheveux. Puis elle alluma un feu dans la cheminée avec des buchettes entreposées dans un panier d'osier, près de l'âtre. Elle me frictionna vigoureusement et m'approcha des flammes en me disant :
- Mon Petit Tigre, tu m'as sauvé la vie! Toi, un chat ! Tu es venu dans l'eau, tu as nagé jusqu'à moi, tuas attaqué Gio ! Je crois que tu es un petit dieu !... Mais surtout, surtout, tu es mon chaton adoré... Il faut prévenir le moine Kitashiba.Il faut le prévenir.
Onaké parlait en me frottant machinalement, les yeux perdus et fixes. Je décidais de me secouer et bien que je ne sois pas sec, de partir au monastère. Onaké m'ouvrit la porte et me regarda aller, l'allure pitoyable, le pelage collé aux os.
Je trouvais Kitashiba au potager et dès qu'il me vit, il resta saisi de stupeur.
- Que se passe-t-il le chat ? hurla t-il
- Un drame ! Répondis-je.
- Je te suis.
Le moine que je n'avais jamais entendu lever la voix, posa ses outils par terre et partit à grandes enjambées vers la maison d'Onaké. Je le suivis.
Onaké était sortie de sa léthargie et nous l'avons trouvée en train de préparer du thé dans la cuisine. Elle avait enfilé un peignoir de coton et avait noué ses cheveux. Mais pour recevoir Kitashiba sa tenue était trop dénudée et négligée. Le moine resta décontenancé mais soulagé de la voir debout, sans blessure.
- Que se passe-t-il Onaké ? Demanda-t-il
Onaké lui fit signe de s'assoir près de la cheminée et lui raconta ce qui s'était passé au lac. Elle conclut en disant que le corps de Gio n'allait pas tarder à remonter à la surface. Kitashiba resta imperturbable. Puis il se mit à parler
- Gio m'avait parlé de son attirance pour toi. Il m'en parlait souvent quand nous étions tous les deux seuls au potager. Il luttait de toutes ses forces contre ce penchant. Il me confia que sans doute un jour il en mourrait. J'essayais de le réconforter mais il y a peu de choses à faire dans ce cas. Il était amoureux. Quand tu es rentrée de Venise, il a compris que toi aussi tu étais amoureuse. Que Guillaume t'avait séduite. Il t'avait
perdu. Depuis ton retour il allait très mal et devait quitter ce monastère pour s'installer dans le Nord. Il devait partir demain. C'était la seule solution que j'avais trouvée : l'éloigner.
- Pourquoi ne m'avoir rien dit, moine Kitashiba ?
- Parce que je ne le croyais pas fou et désespéré à ce point. Parce que ce sont nos histoires d'hommes et de moines, Onaké. Ce sont nos secrets.
Le silence tomba comme un rideau opaque entre Onaké et le moine qui baissa la tête et but la dernière gorgée de sa tasse de thé.
- Je vais prévenir les autres moines. Je ne préviendrai pas la police si tu es d'accord. Nous l'enterrerons parmi nous et déclarerons qu'il s'est noyé en allant pêcher sur le lac. Je ferai venir le médecin pour établir l'acte de décès quand nous récupèrerons le corps.
- Et les griffures dans le dos ?
- Ca n'a pas d'importance. Il ne les verra pas. Gio sera allongé sur son lit. Il constatera le décès par noyade et ne cherchera pas plus loin. Gio risque de rester plusieurs jours dans l'eau.
- J'ai fini mon oeuvre, Kitashiba. Je la jouerai intégralement ce soir. Et je partirai. Je t'invite à venir l'écouter.
- Bien. Répondit le moine.

Quand Onaké se mit au piano, la nuit commençait à froler la cime des arbres. Pourtant une lueur claire fendait le ciel en deux.
- Ici, on appelle ce phénomène, la traine de la princesse Gia annonça Kitashiba. C'est de bon augure.
Onake avait oublié le désastre du matin, la fatigue et la dépression qui avaient suivi. Elle plongea dans la musique sans hésiter. Quand elle attaqua l'andante, sur le lac, là bas, au milieu des bois, le corps de Gio se détacha des ajoncs et des algues qui le retenaient prisonnier. Il remonta lentement vers la surface, son âme flottant au dessus des eaux.
Elle suivait la mélodie qui lui parvenait. Cette musique la guérissait.
Parce que cette symphonie c'était Gia et Gio mélangée, c'était l'hymne de l'amour tu, de l'amour tant attendu, de l'amour impossible. C'était le passé d'Onaké, son inoubliable parfum débarqué un beau matin plein de désespérance. Quand le cadavre de Gio retrouva la surface, il ne portait aucune boursoufflures, aucune griffure, il était resplendissant de force. On pouvait voir son âme dans le ciel, se mélanger à celle de la princesse Gia et les deux âmes courir au milieu des étoiles de la nuit comme des oiseaux libérés de leur cage.


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