" MARIE BATAILLE auteur littérature jeunesse, livres pour enfants, presse, roman feuilleton: ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 70

ROMAN FEUILLETON / la merveilleuse histoire de Ronrono Chapati / semaine 70


Semaine 70

Les visites de Ronrono Chapati étaient rares. Elles annonçaient toujours quelque chose d'important. Il arriva au petit matin. Je dormais d'un oeil sur le canapé grenat du salon. Guillaume et Onaké étaient rentrés tard et un peu ivres Ils s'étaient affalés sur le lit de la chambre en riant et en parlant fort. Et puis ensuite les mots étaient devenus plus posés et plus tendres. Après il n'y avait eu que le souffle court et haletant de Guillaume et la petite voix cristalline d'Onaké qui japissait comme une petite loutre.
Ronrono sauta sur le canapé et me fit face.
- Tu n'es pas trop triste d'avoir quitté les moines et la nature, Lucien ?
- Je m'adapte à tout. C'est ce que tu m'as appris, maître... Mais que me vaut l'honneur de ta visite ?
Ronrono Chapati, fit un sourire tout en se lissant les moustaches.
- Le plaisir de te voir, Lucien. Ca faisait un bail que nous ne nous étions pas rencontrés n'est ce pas ?
- C'est vrai, Ronrono, mais je te vois souvent en rêve ... Tu es toujours dans mes pensées.
Oui, je sais ... En fait je suis venu parce que... Au fait, as tu bien compris que Mameth souhaitait partir au Vietnam... Va-t-elle t'emmener ? Sais tu quelque chose à ce sujet ?
- Mais j'espère bien qu'elle va m'emmener... Sinon qu'est ce que je deviendrai... Tu la crois capable de me refiler à quelqu'un d'autre ? Pas à son amie Nicole, quand même, c'est une femme très triste du matin jusqu'au soir. A Jean peut-être mais la dernière fois que je l'ai vu il ne s'est pas préoccupé de moi plus que d'habitude...
- Si elle ne t'a rien dit c'est qu'elle a prévu de te prendre avec elle ... Mais il y a autre chose. Autre chose de plus grave qui va pertuber le cours des choses ...
- Arrête de tourner autour du pot, Ronrono, si je puis me permettre de te parler ainsi ... Pourquoi es tu venu ?
- Pour une mauvaise nouvelle.
- Très mauvaise ?
- Oui... Tu vas perdre une vie, Ronrono. Une de tes plus douces et de tes plus belles vies. Une perte qui va laisser dans ton coeur un goût extrêmenent amer et qui va te plonger dans la tristesse infinie.
- Ah... Je vais souffrir...
- Oui, Lucien.
- Qu'est ce qui va se passer ?... Je vais disparaître ? Quelqu'un va disparaître ? Je vais perdre une partie de mon cerveau ? Je ne vais plus me souvenir de quelqu'un ... Je vais perdre la mémoire.
- C'est un mélange de tout ça, Lucien, mais pas exactement. Tu vas perdre quelqu'un, tu ne pourras donc plus exister dans cette vie là, mais tu emporteras les souvenirs de cette vie dans tes autres vies. C'est ça qui est très douloureux. Revoir des choses qui n'existent plus, qu'on ne plus saisir, modifier, dans lesquelles notre image ne peut plus s'inscrire.
- Tu me fais peur, Ronrono. Je vais vivre dans la souffrance tout le restant de mes autres vie, alors ?
- Non, Lucien. Tu vas apprendre à vivre avec une vie en moins. Tu feras même encore plus attention à celles qui te restent... Ca t'occuperas et ça t'empêchera d'être malheureux.
- Qui vais je perdre, Ronrono ? Qui ? J'aime toutes mes vies autant...
- Je ne suis pas venu pour te le dire. Je suis venu te prévenir pour que tu ne fasses pas de bêtises quand la douleur viendra ruiner ton coeur.
- Des bêtises, quel genre de bêtises, Ronrono ?
- Certains chats, à ce moment là, très intelligents et très sensibles préfèrent perdre toutes leurs vies d'un coup pour ne pas revivre un jour cette souffrance. Ils préfèrent suivre dans les ténébres de la mort celui qui s'en va. Ils tombent malades, ils sautent de quelque chose de trop haut et se cassent le cou, ils se font dévorer par une bête sauvage ou parfois ils se noient... Des trucs dans ce genre, vois tu...
- Je vois. Tu me crois capable de faire ça ? C'est pour ça que tu es venu ?
- Oui. Parce que tu es un chat très intelligent Lucien, très aimant et très tendre et tu es un de mes élèves préférés. Je ne veux pas te perdre. Je veux que tu fasses tout ton temps, toutes les vies qui te restent. Pense à ce que je te dis quand le moment viendra. Au revoir Lucien. Pense bien fort à moi ....
- Au revoir, maître. Au revoir.
Je me suis réveillé parce qu'une bonne odeur de thé précieux venait de la cuisine. Guillaume, en caleçon et torse nu, préparait un plateau pour le petit déjeuner d'Onaké. Je me suis étiré et j'ai glissé entre ses jambes.
- Ah ! Petit Tigre... Va souhaiter le bonjour à notre princesse, elle t'attend.
Je me suis engouffré dans la pénombre de la chambre. J'ai sauté sur le lit avec légèreté et je suis parti respirer le parfum de sa chevelure défaite qui sentait encore le sommeil et l'amour. Onaké était une reine.






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